Guinée / 1er mai – Fête du Travail : une journée de vérité en Guinée, Amadou Thierno DIALLO-ATD, Président du Mouvement SYNTHESE s’adresse aux guinéens.

De mars 19, 2021 à 5 septembre ,2021, Amadou Thierno Diallo, un politicien et banquier guinéen, a occupé le poste de Ministre de la Coopération et de l’Intégration africaine. Il a occupé cette fonction durant la présidence d’Alpha Condé et le gouvernement dirigé par Kassory Fofana.

Célébrée le 1er mai, la fête du Travail est une occasion de rendre hommage aux droits et aux accomplissements des travailleurs partout dans le monde, à travers des défilés, des regroupements et diverses festivités. C’est dans cette occasion qu’Amamdou Thierno DIALLO s’adresse à ses compatriotes Guinéens et ailleurs : » Le 1er mai, célébré comme la Journée internationale des travailleurs, est bien plus qu’un simple jour férié. À l’origine, cette journée commémore les luttes ouvrières, notamment celle des travailleurs de Chicago en 1886 qui réclamaient la journée de travail de huit heures. C’est un symbole de combat pour la justice sociale, la dignité au travail, la reconnaissance des droits syndicaux et la protection sociale. Partout dans le monde, on célèbre les acquis des travailleurs, mais aussi les défis encore à relever.

En Guinée, que devons-nous célébrer en ce 1er mai ? Le plein emploi ? La sécurité sociale ? La retraite décente ? Le respect des droits syndicaux ? Malheureusement, pour la majorité des Guinéens, cette journée révèle plutôt l’ampleur des injustices sociales et économiques.

Récemment, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un régime d’assurance maladie pour les travailleurs de l’administration publique. C’est une avancée positive. Mais qu’en est-il des autres ? De celles et ceux qui forment la majorité écrasante de la population active, plus de 90 %, et qui évoluent dans le secteur informel souvent dans des conditions de précarité extrême ? Ces femmes du marché, ces vendeuses de rue, ces conducteurs de mototaxis, ces artisans, ces travailleurs agricoles, qui se battent chaque jour pour nourrir leurs familles, qui travaillent toute leur vie sans contrat, sans couverture maladie, sans retraite, sans sécurité et souvent sans voix.

Et pourtant, ces travailleurs de l’ombre paient leurs taxes, paient leurs impôts, souvent dans des conditions opaques, sous pression ou par peur. Mais qu’obtiennent-ils en retour ? Rien, sinon l’indifférence des pouvoirs publics, l’absence de services de base, et parfois encore plus de prélèvements. L’État est absent quand il s’agit de leur fournir des filets de sécurité, des soins de santé abordables, des formations, ou même un cadre légal de reconnaissance.

Alors que devons-nous célébrer aujourd’hui en Guinée ? Certainement pas un système qui sacrifie les plus faibles. Nous devons faire de ce 1er mai une journée de prise de conscience nationale, un appel à repenser la place du travailleur, de tous les travailleurs, à bâtir un pacte social nouveau, plus inclusif, plus juste, plus humain. Il est temps que l’État assume ses responsabilités : reconnaître, protéger et accompagner ceux qui, dans le silence et la sueur, font tourner l’économie guinéenne.

À l’occasion du 1er mai, il serait plus pertinent de repenser radicalement l’approche de la protection sociale en Guinée. Plutôt que des mesures sectorielles profitant à une minorité, le pays aurait besoin d’un système inclusif, adapté aux réalités du secteur informel. Des mécanismes de cotisation flexible, des mutuelles de santé communautaires ou des régimes de retraite solidaires pourraient constituer des pistes à explorer. Sans une telle réforme ambitieuse, les discours sur la dignité du travail et la justice sociale resteront lettre morte pour la majorité des Guinéens qui se lèvent chaque jour pour faire vivre l’économie nationale dans des conditions souvent indignes.

Ce 1er mai en Guinée devrait donc transcender une simple célébration pour devenir un moment crucial de prise de conscience nationale et d’engagement concret envers l’amélioration des conditions de vie et de travail de cette majorité. Il faudrait célébrer leur résilience, leur contribution économique et l’urgence d’une action gouvernementale pour leur intégration et leur protection sociale.

Ce jour devrait être un appel pressant à l’État guinéen pour qu’il reconnaisse pleinement la valeur du secteur informel et mette en œuvre des politiques offrant une protection sociale digne, une perspective de retraite et un juste retour pour leurs impôts, car c’est dans cette reconnaissance que réside la véritable célébration du travail : garantir la dignité et les droits de tous ceux qui enrichissent la nation ».

Amadou Thierno DIALLO-ATD, Ancien Fonctionnaire et Ancien Ministre de la Coopération Internationale sous l’ère d’Alpha Condé.

Partagez

Laisser un commentaire

Rattrapez les dernières actus