L’armée française quitte le Sénégal, mettant fin à sa présence militaire en Afrique de l’Ouest.
AFP, 17 JUILLET 2025.
La France a officiellement restitué jeudi ses deux dernières bases militaires au Sénégal, laissant Paris sans camps permanents en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale. Ce retrait, qui met fin à 65 ans de présence de l’armée française au Sénégal, fait écho à des retraits similaires sur tout le continent, où les anciennes colonies tournent de plus en plus le dos à leur ancien dirigeant.
Cette décision intervient alors que la région du Sahel est confrontée à un conflit djihadiste croissant au Mali, au Burkina Faso et au Niger, qui menace les pays du golfe de Guinée au sud. Une récente série d’attaques ce mois-ci au Mali a notamment visé une ville à la frontière avec le Sénégal. La France a restitué le camp Geille, sa plus grande base dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, et son aérodrome à l’aéroport de Dakar, lors d’une cérémonie à laquelle ont assisté de hauts responsables français et sénégalais.
Parmi eux figuraient le chef d’état-major sénégalais, le général Mbaye Cissé, et le général Pascal Ianni, chef des forces françaises en Afrique. Cissé a déclaré que cette passation de pouvoirs marquait « un tournant important dans le riche et long parcours militaire de nos deux pays ».
Il a déclaré que les « nouveaux objectifs » visaient à « donner un nouveau contenu au partenariat de sécurité ». Les troupes sénégalaises s’emploient à « consolider les nombreuses compétences acquises dans leur quête d’autonomie stratégique », a-t-il ajouté.
Ianni a déclaré que Paris « réinvente les partenariats dans une Afrique dynamique ». « Nous tournons une page de l’histoire militaire de nos deux pays… une relation très spéciale et essentielle pour les pays de la région », a-t-il ajouté. Environ 350 soldats français, principalement chargés de mener des opérations conjointes avec l’armée sénégalaise, quittent désormais le pays, marquant la fin d’un processus de départ de trois mois entamé en mars.
Après avoir remporté les élections de 2024 en promettant un changement radical, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a exigé que la France retire ses troupes du pays d’ici 2025.
Contrairement aux dirigeants d’autres anciennes colonies comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, dirigés par la junte, Faye a toutefois insisté sur le fait que le Sénégal continuerait à travailler avec Paris.
Souveraineté :
Après son indépendance en 1960, le Sénégal est devenu l’un des alliés africains les plus fidèles de la France, accueillant des troupes françaises tout au long de son histoire. Le prédécesseur de Faye, Macky Sall, a poursuivi cette tradition. Faye, qui s’est présenté sur un ticket promettant une rupture nette avec l’ère Sall, a déclaré que le Sénégal traiterait la France comme n’importe quel autre partenaire étranger. S’engageant à rendre son pays plus autosuffisant, le président a donné comme date limite fin 2025 le retrait de toutes les armées étrangères.
« Le Sénégal est un pays indépendant, c’est un pays souverain, et la souveraineté n’accepte pas la présence de bases militaires dans un pays souverain », avait déclaré Faye fin 2024. Il a néanmoins affirmé que la France restait « un partenaire important pour le Sénégal ».
Faye a également exhorté Paris à présenter des excuses pour les atrocités coloniales, notamment le massacre, le 1er décembre 1944, de dizaines de soldats africains qui avaient combattu pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale.
Retrait à l’échelle du continent :
Alors que les gouvernements africains remettent de plus en plus en question la présence militaire française, Paris a fermé ou réduit le nombre de ses bases dans tout son ancien empire.
En février, Paris a restitué sa seule base restante en Côte d’Ivoire, mettant fin à des décennies de présence française sur le site. Le mois précédent, la France avait rendu la base de Kossei au Tchad, son dernier point d’appui militaire dans la région du Sahel en proie à des troubles. Les coups d’État au Burkina Faso, au Niger et au Mali entre 2020 et 2023 ont porté au pouvoir des hommes militaires forts. Tous ont rompu leurs liens avec la France et se sont tournés vers la Russie pour obtenir de l’aide dans la lutte contre l’insurrection djihadiste qui dure depuis dix ans au Sahel.
La République centrafricaine, également ancienne colonie française où le Kremlin a envoyé des mercenaires, a également exigé un retrait français. Pendant ce temps, l’armée a transformé sa base au Gabon en un camp partagé avec la nation centrafricaine. Seul le petit pays de la Corne de l’Afrique, Djibouti, abritera une base militaire française permanente après le retrait de jeudi.
La France entend faire de sa base de Djibouti, avec quelque 1.500 personnes, son quartier général militaire pour l’Afrique.
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