Guine : 𝗥𝗲𝗰𝗲𝗻𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘁𝗿𝗼𝗻𝗾𝘂𝗲́, 𝗱𝗲́𝗺𝗼𝗰𝗿𝗮𝘁𝗶𝗲 𝗲𝗻 𝘀𝘂𝗿𝘀𝗶𝘀 (Par Abdoulaye J BARRY ) !
Le résultat de ce recensement ne surprend guère. Je l’avais déjà dit bien avant que ces chiffres ne tombent. Dans plusieurs quartiers de Conakry, comme dans de nombreuses localités de la Moyenne Guinée et même de la région forestière, se faire recenser relevait d’un véritable parcours du combattant. Les files d’attente étaient interminables, dues au nombre très limité de kits mis à la disposition de ces régions et par conséquent, du nombre très faible de centres de recensement ouverts au public. Par ailleurs, l’exigence de présenter un extrait de naissance compliquait encore davantage la procédure car l’obtention de ce document relèvait d’un casse-tête pour la population.
Dans certains quartiers, les agents refusaient tout simplement de délivrer les extraits, demandant chaque jour au citoyen de revenir « demain ». Une méthode d’usure destinée à décourager les citoyens et les pousser à abandonner. Tout semblait donc avoir été pensé pour dissuader les citoyens de s’inscrire dans certaines zones perçues comme hostiles au régime.
La Guinée se distingue une fois de plus, tristement. À ma connaissance, c’est le seul pays où l’État ne reconnaît même pas ses propres documents officiels. Pourquoi était-il impossible de se faire recenser avec un passeport guinéen pourtant valide, avec photo, données biométriques et numéro unique? Cela défie toute logique.
Comment prétendre organiser des élections libres et crédibles, tout en plaçant des obstacles absurdes sur le chemin du citoyen qui veut juste accomplir son droit de vote ?
Imaginez un pays où une personne doit se présenter cinq ou six fois, parfois plus, à un bureau pour obtenir par exemple un jugement supplétif, et se faire refouler à chaque fois pour des raisons futiles. Et même une fois ce document obtenu, il faut encore affronter des files d’attente interminables, tout cela pendant que cette même personne doit se débrouiller au quotidien pour nourrir sa famille. Qu’en est-il des personnes âgées, des malades, des femmes enceintes ? Qui a pensé à eux dans ce dispositif ? Par ailleurs, à l’étranger, des centaines de milliers de personnes ont été carrément exclues du processus de recensement.
Ce recensement électoral aurait dû être l’occasion de renforcer la participation citoyenne, de restaurer la confiance dans les institutions, de préparer le pays à un avenir démocratique. Au lieu de cela, il s’est transformé en une opération d’exclusion parfois flagrante et parfois maquillée sous des procédures administratives.
L’État doit impérativement rouvrir le processus de recensement et le rendre accessible à tous. Il faut permettre aux citoyens de s’enregistrer avec n’importe quel document administratif délivré par les services publics : carte d’identité nationale, passeport, etc. Dans un pays normal, l’inscription devrait être possible tout au long de l’année, jusqu’à un mois avant l’élection. Des bureaux permanents devraient exister dans chaque mairie, chaque sous-préfecture et dans tous les consulats. Cela permettrait aussi aux jeunes qui atteignent l’âge requis d’être recensés sans attendre une nouvelle campagne nationale.
Dans certains pays du monde, on peut s’inscrire sur le fichier électoral à tout moment. Pourquoi pas en Guinée ? Pourquoi le droit de vote devrait-il rester un droit exclusif réservé à ceux qui ont la patience, les moyens et la chance de franchir tous les obstacles ?
Abdoulaye J Barry / ajbarry@live.com /Mamou, Guinée
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