Au Sénégal, une cérémonie pour contrer les malheurs pour le pays prédits par des maîtres devins.

Par Réveil-Africain.Org/Com avec AFP.

Dans la nuit bien avancée, un silence lourd et empreint d’inquiétude s’empare de la foule
lorsque le jeune maître voyant Adama Gackou prédit dans une transe un avenir agité pour le
Sénégal et de violentes manifestations, lors d’une cérémonie de divination sérère annuelle
dans le centre du pays.

Mais l’atmosphère se détend quand il annonce peu après de très bonnes futures récoltes,
provoquant des cris de joie et des scènes de danse frénétique dans le public.
Dans un état d’exaltation, le prédicateur, visage éclairé par une lumière blafarde, fait des vaet-vient dans le cercle de divination représenté par un pentagramme blanc tracé au sol.
Ses reins sont enserrés de gris-gris jusqu’à la taille et une grosse corne de boeuf pend sur sa
poitrine. Totalement absorbé, le public est suspendu à ses lèvres.
D’une voix forte, il poursuit en langue sérère l’énumération de ses autres visions: graves
accidents de la route, pluies abondantes, tensions au sommet de l’Etat sénégalais entre le
président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko…
« S’ils ne font pas les sacrifices nécessaires, chacun risque d’aller de son côté d’ici la
présidentielle de 2029 ! », tonne-t-il.
Comme chaque année à l’approche de la saison des pluies, une vingtaine de devins, plus
connus sous le nom de saltigués au Sénégal, ont délivré tour à tour leurs prédictions sur des
événements qui pourraient survenir dans le pays au cours de l’année, lors d’une veillée de
divination dans la nuit de samedi à dimanche appelée « Xooy » (L’appel), dans la région de Fatick.
Saison des pluies, récoltes, faits de société, décès de célébrités, politique, éventuelles
catastrophes: aucun sujet n’est laissé de côté par les saltigués du Xooy de Malango auquel
ont participé plusieurs délégations venues de l’intérieur du pays.

Spiritualité africaine :
Les devins sérères ont également fait des recommandations de sacrifices qui pourraient
selon eux éviter la survenue de malheurs.
Tradition ancestrale et multiséculaire, le Xooy est un évènement très attendu au Sénégal.
Malgré de nombreuses mutations de la société, nombre de Sénégalais continuent de croire
aux pouvoirs mystiques et aux prédictions des saltigués.
Il est principalement pratiqué par la communauté sérère, mais également par les Lébous
vivant dans la capitale, Dakar.
Le Xooy « est un rendez-vous panafricaniste pour promouvoir la culture et la spiritualité
africaine. Il apporte des solutions innovantes et concrètes à nos problèmes locaux et à ceux
de l’humanité », assure l’initiateur de la cérémonie, Erick Gbodossou, appelant les autorités à
plus de considération pour ces savoirs endogènes.

Dans le cercle de divination, l’ambiance est électrique. Tour à tour, les saltigués font leur
entrée, parés chacun de diférents talismans ornés de cauris (petits coquillages blancs), de
miroirs ou de têtes d’oiseaux enveloppées dans un morceau de tissu.
Au son des tam-tams, certains gratifient le public de pas de danse, d’autres se glorifient en se
tapant la poitrine. Ils se défient, se fusillent du regard, vantant chacun leurs présumés
pouvoirs.

« Trop fort » :
Adama Gackou semble être la star de cette édition. Entre petites blagues, piques contre les
autres saltigués et prédications, chacune de ses interventions tient en haleine le public. Il
explique à l’AFP collaborer avec des « djinns » qui lisent l’avenir pour lui.
« Il est trop fort. Tout ce qu’il prédit se réalise », s’enthousiasme Amath Ndiaye, jeune
spectateur venu d’un village situé à plusieurs kilomètres pour assister à la veillée, qui s’est
poursuivie jusqu’au lendemain dans l’après-midi.
Pour Abdoulaye Ndiaye, un des saltigués, le Xooy est très important, car il peut éviter la
survenue d’événements malheureux, même si beaucoup de Sénégalais n’y croient pas,
indique-t-il.
M. Ndiaye raconte comment les saltigués avaient par exemple prédit et recommandé aux
autorités des ofrandes à faire pour éviter le naufrage du ferry Le Joola en 2002, une tragédie
qui a fait près de 1.900 morts.

Les devins sérères avaient également annoncé la pandémie du Covid-19, assure-t-il, bonnet
rouge orné de cauris sur la tête.
Selon plusieurs de ses collègues, dans le passé, lorsque les rois du Sine (centre du pays)
s’apprêtaient à aller en guerre, ils avaient systématiquement recours au Xooy pour connaître
l’issue des batailles avant de s’engager.
Les saltigués expliquent avoir acquis leur savoir de diférentes manières: certains « naissent
avec » ou le reçoivent en héritage de leurs parents. D’autres l’obtiennent après de longues
années de quête auprès des anciens, confie Abdoulaye Ndiaye. Ils peuvent lire l’avenir à
travers l’eau, le vent, le feu, les cauris…
Les saltigués pratiquent également la médecine traditionnelle. A l’aide du Xooy, ils disent
pouvoir faire diagnostiquer des maladies et les soigner avec des potions composées à partir
de plantes médicinales sur prescription des esprits, assure El Hadji Malick Ngom, chef des
saltigués lébous.
Malheureusement, ces savoirs endogènes sont aujourd’hui « très menacés » car de plus en
plus reniés par les nouvelles générations, regrette-t-il.

Partagez

Laisser un commentaire

Rattrapez les dernières actus