Au cœur des bouleversements géopolitiques : Poutine, l’Occident et la place de l’Afrique ( Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste, Editorialiste, ecrivain, Essayiste ).

Le monde traverse une mutation géopolitique dont les secousses redessinent déjà les rapports de force. Derrière les discours convenus sur la démocratie, la liberté et la sécurité, se cache une lutte plus ancienne : celle de l’influence, des ressources et de la souveraineté.
Dans ce tumulte, le nom de Vladimir Poutine revient sans cesse, tantôt dépeint en autocrate impitoyable, tantôt en stratège qui, face à l’expansion de l’OTAN, revendique une place pour la Russie dans l’équilibre mondial.

Pour comprendre Poutine, il faut remonter à l’humiliation de l’effondrement soviétique. La Russie, héritière d’un empire brisé, a vu dans l’élargissement progressif de l’OTAN vers l’Est non pas un simple élargissement de la démocratie, mais une marche inexorable d’encerclement. En cela, Poutine se pense en gardien d’une Russie blessée, déterminée à recouvrer sa dignité et son influence. Comprendre ce raisonnement n’est pas l’approuver, mais refuser de l’ignorer.

Face à lui, l’Europe apparaît divisée, tiraillée entre sa dépendance énergétique, son alignement atlantiste et la crainte de l’effritement de son modèle social et politique. Les États-Unis, eux, oscillent au rythme de leurs convulsions internes : après Trump, symbole d’un repli nationaliste, le monde redoute son éventuel retour, qui bouleverserait à nouveau l’architecture fragile des alliances occidentales.

Dans ce concert, l’Afrique ne peut rester spectatrice. Trop longtemps considérée comme un simple terrain d’influence, elle doit s’imposer comme acteur stratégique. Car les bouleversements en Ukraine, en mer de Chine, à Washington ou à Bruxelles résonnent directement à Bamako, Kinshasa ou Conakry. Le prix du blé, l’accès à l’énergie, la bataille des télécommunications et même la souveraineté monétaire sont les prolongements africains de cette guerre des géants.

L’Afrique doit donc tirer des leçons de cette reconfiguration mondiale. La première est que la puissance ne se quémande pas, elle se construit. La deuxième est que les alliances ne sont jamais figées : elles répondent à des intérêts, pas à des amitiés. Enfin, la troisième est que la dignité et l’indépendance ne sont pas des discours, mais des politiques concrètes, industrielles, agricoles, militaires et culturelles.

Au moment où le monde se fracture entre blocs, l’Afrique a une chance historique : devenir le tiers souverain, l’espace qui refuse d’être réduit à une périphérie, et qui impose sa voix dans la redéfinition de l’ordre mondial. Mais cela exige une vision, un courage et une lucidité stratégique.

Poutine n’est pas le diable, l’OTAN n’est pas un sauveur, Trump n’est pas une anomalie : ils sont les produits de l’Histoire, de la mémoire et des rapports de force. L’Afrique, elle, doit enfin écrire la sienne, non plus en marge, mais au centre.

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