L’humanité à la veille d’une grande guerre : Anatomie d’une conflagration géopolitique (Par chérif Sampiring DIALLO, Journaliste, Editorialiste, et Essayiste).

L’histoire de l’humanité est jalonnée de cycles de stabilité relative et de basculements tragiques où les tensions accumulées finissent par se résoudre dans la violence des guerres. Le XXe siècle en a fourni deux démonstrations éclatantes avec les guerres mondiales, suivies par la Guerre froide, ce conflit larvé entre blocs idéologiques et militaires. En ce début du XXIe siècle, les dynamiques qui se déploient laissent entrevoir une inquiétante similitude : rivalités exacerbées entre grandes puissances, effritement des régulations multilatérales, militarisation accrue des relations internationales, crises systémiques cumulées. L’humanité semble, une fois encore, se tenir au seuil d’une grande conflagration mondiale.

La fin de l’unipolarité et l’avènement d’un monde fracturé

L’effondrement de l’URSS avait laissé croire à une victoire définitive de l’Occident et à l’avènement d’un « moment unipolaire » dominé par les États-Unis. Mais cette illusion n’a pas survécu à la montée en puissance d’acteurs capables de contester l’ordre libéral international. La Chine, avec sa puissance économique, technologique et militaire croissante, propose un modèle alternatif d’influence. La Russie, par son recours à la force brute en Ukraine et son alliance stratégique avec Pékin, a réintroduit la logique de la confrontation. Quant aux puissances régionales comme l’Iran, la Turquie, l’Inde ou encore l’Arabie Saoudite, elles affirment de plus en plus leur autonomie stratégique, rompant avec la tutelle occidentale. Nous assistons ainsi à la transition vers un système multipolaire désordonné où la compétition pour les sphères d’influence ne cesse de s’intensifier.

La militarisation des rivalités stratégiques :

Cette compétition se traduit par une course effrénée aux armements. Jamais depuis la fin de la Guerre froide, les dépenses militaires mondiales n’ont été aussi élevées. Les États-Unis modernisent leur arsenal nucléaire et développent des alliances renforcées en Asie (AUKUS, Quad). La Chine investit massivement dans sa marine et ses technologies hypersoniques. La Russie mise sur ses capacités nucléaires tactiques et une stratégie de dissuasion agressive. Dans le même temps, de nouveaux théâtres de confrontation apparaissent : l’espace extra-atmosphérique, le cyberespace, l’intelligence artificielle militaire. Ce glissement vers une logique de guerre totale et multidimensionnelle accroît les risques d’escalade incontrôlée.

L’échec du multilatéralisme et la faillite du droit international :

L’ONU, censée garantir la paix et la sécurité collectives, se révèle impuissante face aux crises contemporaines. Le Conseil de sécurité est paralysé par les rivalités entre ses membres permanents, rendant toute décision collective impossible. Les accords de désarmement nucléaire conclus à la fin du XXe siècle (INF, START, Ciel ouvert) sont soit moribonds, soit dénoncés unilatéralement. Le droit international humanitaire est systématiquement bafoué, que ce soit en Ukraine, à Gaza, au Yémen ou dans la Corne de l’Afrique. L’absence de mécanismes contraignants transforme la scène mondiale en une arène où la loi du plus fort tend à s’imposer.

Les crises systémiques comme catalyseurs du conflit :

Au-delà des rivalités militaires et géopolitiques, plusieurs crises transversales aggravent les tensions internationales. Le changement climatique accentue les compétitions pour l’accès à l’eau, aux terres cultivables et aux ressources naturelles stratégiques (terres rares, hydrocarbures). La fracture économique entre Nord et Sud s’accentue, exacerbée par les conséquences de la pandémie de Covid-19 et par les sanctions économiques croisées. Les migrations massives, provoquées par les conflits et la dégradation de l’environnement, alimentent les replis identitaires et les populismes en Europe et ailleurs. Enfin, la révolution numérique , si elle ouvre des perspectives inédites, devient aussi un instrument de manipulation, de surveillance et de guerre cognitive.

Vers une grande guerre mondiale ?

L’addition de ces facteurs crée une situation d’instabilité globale comparable à celle qui prévalait avant 1914 ou 1939. La confrontation entre blocs n’est plus hypothétique, elle se dessine déjà dans les alliances en gestation : d’un côté, un axe sino-russe appuyé par certains États du Sud global, de l’autre, un Occident regroupé autour de l’OTAN et de ses alliés asiatiques. Le moindre incident, dans le détroit de Taïwan, en mer de Chine méridionale, au Moyen-Orient ou en Europe de l’Est, pourrait servir de déclencheur à une escalade incontrôlée. L’humanité est donc placée devant un risque existentiel.

Conclusion : la nécessité d’une gouvernance mondiale rénovée

Pour éviter que le XXIe siècle ne répète les tragédies du XXe, il faut impérativement repenser la gouvernance mondiale. Cela suppose un renforcement des mécanismes multilatéraux, une réforme en profondeur du Conseil de sécurité, et surtout une prise de conscience collective que la guerre globale serait non seulement un suicide politique, mais aussi écologique et civilisationnel. Le monde est face à une alternative historique : soit renouer avec une diplomatie de compromis et de coopération, soit sombrer dans une guerre dont personne ne sortirait vainqueur.

A la veille d’une grande guerre, il appartient à l’humanité de choisir entre la logique de la survie commune et celle de l’autodestruction.

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