Débat africain… à distance : chronique d’un tribunal sans passeport (Par Chérif Sampiring Diallo, Journaliste Guinéen, Éditorialiste, Écrivain et Essayiste).
y a quelque chose de délicieusement ironique à écouter, un Samedi matin, la grand-messe des « spécialistes » africains depuis les studios feutrés de Paris. La Guinée vient de voter, mais ce sont des voix qui n’ont jamais senti la poussière rouge de nos pistes ni bu un seul verre d’eau du robinet de Conakry qui se permettent de distribuer bons et mauvais points.
Sur les ondes de RFI, l’ émission « le débat africain » ressemble moins à une conversation qu’à une séance d’exorcisme radiophonique. Éditorialistes à l’accent impeccable, curriculum vitae gonflé de conférences à Bruxelles, nous expliquent doctement ce que « pense la rue guinéenne ». Une rue qu’ils ne pourraient pas retrouver sans GPS, ni reconnaître sans un drone pour la survoler.
On croirait entendre un guide touristique qui, sans avoir quitté le périphérique parisien, décrirait les couleurs du Fouta-Djalon. Ils analysent, condamnent, tranchent : « C’est un simulacre de référendum ! » disent-ils, en se resservant un café latte. Merci, mais la Guinée n’a pas besoin d’un tribunal de salon.
La satire, c’est qu’à force de prétendre parler « au nom des peuples africains », ces oracles médiatiques finissent par ressembler à ce qu’ils dénoncent : une élite hors sol, persuadée que l’Afrique commence et se termine au micro de leur studio climatisé.
La démocratie guinéenne n’est pas un podcast. Elle se vit sous le soleil, dans la poussière des files d’attente, dans les débats de quartier et les urnes parfois cabossées. Qu’on critique, oui, mais qu’on prenne au moins la peine de poser le pied sur ce sol avant de rendre un verdict.
Alors, chers éditorialistes itinérants… commencez par acheter un billet d’avion. Ensuite, on pourra débattre.
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