Conakry (Guinée ) : En Guinée, changer d’avis est un luxe interdit (Par Chérif Sampiring Diallo-Journaliste, Éditorialiste, Écrivain et Essayiste).

Il est un étrange paradoxe guinéen : on exige de chacun qu’il pense, mais on lui interdit d’évoluer. Dans notre espace public saturé de certitudes et de passions, celui qui ose dire le contraire de ce qu’il a dit hier devient aussitôt un paria. On le soupçonne de trahison, on le cloue au pilori, on l’accuse d’opportunisme. Comme si la pensée devait être un serment figé, et non une marche lente vers la vérité.

Pourtant, la grandeur d’un esprit se mesure à sa capacité de se corriger. Les convictions humaines ne sont pas des rochers, mais des rivières. Elles changent de cours, elles s’affinent, elles s’épurent. Il n’y a de pensée libre que celle qui accepte de se revisiter, de se contredire parfois, de reconnaître qu’elle n’a pas toujours su. Car, comme le disait le proverbe, « seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. »

Mais en Guinée, le débat s’est transformé en inquisition. Les réseaux sociaux, devenus agora de l’instant et arène du lynchage, ne pardonnent plus la nuance. On exige la fidélité à ses paroles passées comme une preuve de loyauté. On confond la constance avec la vérité, et la remise en question avec la faiblesse. Ainsi, la pensée s’éteint, étouffée par la peur d’être mal comprise.

Pourtant, le monde change, les réalités bougent, les contextes se renversent. Ce qui était juste hier peut devenir erroné aujourd’hui. Refuser d’ajuster sa pensée, c’est s’interdire de comprendre le présent. Et quand un peuple diabolise le doute, il s’interdit l’intelligence.

L’Afrique a besoin d’esprits souples, pas de têtes raides. Elle a besoin de femmes et d’hommes capables de dire : j’ai changé, car j’ai appris. Nos sociétés doivent réhabiliter le droit au revirement, cette marque suprême de liberté intellectuelle. C’est ainsi que naissent les citoyens mûrs, les leaders éclairés, les nations conscientes d’elles-mêmes.

Changer d’avis, ce n’est pas renier hier. C’est honorer demain.

Et si la Guinée veut s’éveiller, il lui faudra accepter que la pensée humaine, comme la vie, n’avance qu’en se réinventant.

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