L’art de se souvenir et le droit d’espérer (Par Chérif Sampiring Diallo-Journaliste, Éditorialiste, Écrivain, Éssayiste).

La politique guinéenne a toujours eu ses gardiens de mémoire. Chacun, à sa manière, aime rappeler ce moment où il aurait, dit-on, pesé sur le cours de l’histoire. Ainsi, lorsque Cellou Dalein Diallo affirme que c’est grâce à lui que le Général Lansana Conté avait libéré Alpha Condé, il ne parle pas seulement du passé, il revendique une trace, une empreinte dans le récit national.

Mais la mémoire, en politique, est une monnaie fragile. Trop souvent, elle sert à réécrire les faits plutôt qu’à les comprendre. Elle rassure les anciens acteurs qui craignent d’être effacés par le temps. Elle donne aussi, parfois, l’illusion que tout vient d’eux. Pourtant, l’histoire est plus vaste que les souvenirs de ceux qui la racontent.

Ce n’est pas trahir le passé que de vouloir écrire le futur. La Guinée ne manquera jamais d’anciens témoins, mais elle a cruellement besoin de nouveaux acteurs. Les jeunes figures, comme Cellou Baldé, n’ont pas à vivre dans l’ombre des anciens récits. Qu’on leur laisse donc la possibilité d’agir, de convaincre, de marquer leur époque sans qu’on leur rappelle sans cesse ce qui a été fait « avant eux ». Peut-être qu’un jour, eux aussi, diront avec pudeur : « J’ai contribué à cela. »

Il ne s’agit pas d’opposer les générations, mais de réconcilier le temps. Car la mémoire sans transmission devient mélancolie, et l’espoir sans racines devient utopie. L’enjeu, pour la Guinée, n’est pas seulement de se souvenir, mais d’avancer, avec respect pour hier, mais confiance en demain.

Et si, au lieu de dire « c’est grâce à moi », chacun disait simplement : « j’y ai pris part » ?

C’est là que commence la vraie maturité politique.

Partagez

Laisser un commentaire

Rattrapez les dernières actus