Conakry ( Guinée) /Donka : un ancien symbole du savoir en train de s’écrouler.
Par Chérif Sampiring Diallo.
Conakry le 20 octobre 2025 ( Réveil-Africain.Org)-Non loin de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, dans le quartier de Donka, se dressent encore les vestiges de ce que furent autrefois les « blocs des professeurs ». Ces bâtiments, construits dans les années 1960 dans le cadre du plan septennal, étaient destinés à loger les cadres supérieurs de l’État et le corps professoral de la prestigieuse Université de Conakry, alors appelée Université de Donka. À l’époque, ils symbolisaient la modernité, la fierté et le rayonnement intellectuel d’une nation jeune et ambitieuse.

Soixante ans plus tard, ce symbole s’est effondré, au sens propre comme au figuré. Les « blocs des professeurs » ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Murs lézardés, escaliers fissurés, toitures dégradées, peinture écaillée : tout respire la vétusté et l’abandon. Ce qui devait être un espace de vie privilégié pour les élites ressemble aujourd’hui à un bidonville vertical.

Chaque immeuble compte trois étages, avec environ trente appartements par niveau. Autrefois spacieux et lumineux, ces logements sont aujourd’hui marqués par la moisissure, les infiltrations d’eau et les installations électriques vétustes. Les escaliers servent de dépotoirs improvisés, les couloirs plongent dans la pénombre, et les façades croulent sous le poids du temps et du manque d’entretien.
A l’extérieur, les alentours sont envahis par les déchets. L’odeur d’eaux stagnantes se mêle à celle des ordures ménagères, tandis que les canalisations bouchées témoignent d’un réseau d’assainissement totalement défaillant. Tout autour, le désordre visuel et sanitaire contraste cruellement avec la vocation originelle du site.

Pourtant, derrière ces façades délabrées, la vie continue. Des familles, souvent issues de la fonction publique ou de milieux modestes, tentent tant bien que mal de préserver la dignité de leur foyer. L’un des locataires, rencontré sur place, confie :
« Nous faisons de notre mieux pour entretenir l’intérieur de nos appartements avec nos maigres moyens. Mais dehors, c’est devenu insalubre. Il n’y a aucun entretien collectif depuis des années. »
L’absence totale d’intervention de l’État ou des autorités locales est manifeste. Aucun programme de réhabilitation n’a jamais été entrepris, malgré les risques évidents d’effondrement et les plaintes récurrentes des occupants. Ces bâtiments, autrefois réservés à une élite respectée, sont devenus un symbole d’abandon et de résignation.

Ce lieu raconte pourtant une histoire : celle d’une Guinée qui croyait en son avenir, qui investissait dans son intelligence et dans la dignité de ses cadres. Aujourd’hui, ce patrimoine architectural des années 60 s’effrite dans l’indifférence générale. Les blocs des professeurs de Donka ne sont plus qu’un miroir brisé du passé, un avertissement silencieux sur le coût de la négligence et de l’oubli.
Redonner vie à ces bâtiments, ce serait réhabiliter plus qu’un ensemble immobilier : ce serait restaurer un symbole, une mémoire, une part de l’identité urbaine et intellectuelle de Conakry.
En attendant, les fissures s’élargissent, les toits fuient, et la nostalgie s’installe. A Donka, le temps, le silence et l’indifférence poursuivent leur œuvre, lentement mais sûrement.
Partagez












Laisser un commentaire