Doumbouya, le « protégé » du Quai d’Orsay ? Quelle trouvaille (Par Chérif Sampiring Diallo, Journaliste, Éditorialiste, Écrivain, Essayiste) !
Décidément, nos analystes du dimanche n’en finissent plus de se surpasser dans l’art rare de la trouvaille creuse. La dernière en date ? Mamadi Doumbouya serait, tenez-vous bien, « le protégé du Quai d’Orsay ». Oui, du très fameux ministère français des Affaires étrangères, celui-là même qui n’a pas encore réussi à protéger ses propres diplomates des sarcasmes africains.
Quelle imagination ! A croire que certains esprits, en panne de lucidité, ont trouvé dans la théorie du complot franco-guinéen un substitut au réel. Car, il faut le dire, quand on ne comprend pas la souveraineté d’un peuple, on la soupçonne toujours d’être téléguidée. La Guinée qui se redresse, qui parle haut, qui agit sans permission, ça dérange. Alors on invente : « le Quai d’Orsay tire les ficelles ».
Mais enfin, quel Quai d’Orsay ? Celui qui, depuis des années, se débat pour comprendre l’Afrique postcoloniale ? Celui qui n’a pas vu venir ni le Mali, ni le Burkina, ni le Niger, ni le Tchad ? A ce rythme, on finira par nous dire que le Général Doumbouya a été programmé dans un laboratoire secret de la République française, entre deux croissants et un expresso.
Soyons sérieux. Ce réflexe infantile qui consiste à chercher l’ombre de Paris derrière chaque décision guinéenne traduit surtout une paresse mentale. Il est plus rassurant, sans doute, de croire que la souveraineté n’est qu’un décor, qu’un pays africain ne peut se lever que sur commande étrangère. Pourtant, ce qui se joue à Conakry est bien plus simple, bien plus profond : la Guinée a décidé de ne plus courber l’échine.
Ce n’est pas le Quai d’Orsay qui a rappelé à l’ordre les anciens privilèges, ni celui qui a tendu la main à la jeunesse, ni celui qui a réhabilité la dignité militaire. Ce travail, Doumbouya l’a entrepris avec le courage et la rigueur d’un homme qui connaît le prix du drapeau. Et cela, pour certains, est impardonnable.
On en rirait presque, si la bêtise n’avait pas la prétention du savoir. Ces nouveaux “experts” de salon, armés de rumeurs et de micros, confondent indépendance et insolence, dignité et défiance. Ils oublient qu’un pays qui se respecte n’a pas besoin d’un parrain étranger pour défendre son destin.
Alors, que les pseudo-analystes continuent de chercher le Quai d’Orsay dans les discours de Sékhoutouréya. Pendant ce temps, la Guinée, elle, poursuit sa route, droite, fière, souveraine, sans tuteur ni traducteur. Et cela, décidément, certains esprits n’arrivent toujours pas à le digérer. Car il faut une certaine gymnastique mentale pour accepter qu’un Africain puisse gouverner sans oreillette, qu’un soldat puisse penser par lui-même, qu’un chef d’État puisse tracer sa voie sans GPS diplomatique fourni par Paris. Dans l’imaginaire de nos pseudo-intellectuels, l’Afrique n’agit jamais : elle réagit, toujours sous dictée.
Ils en sont encore à croire que chaque décision de Conakry doit passer par un tampon tricolore avant d’être appliquée. Qu’à chaque discours du Général, un conseiller anonyme du Quai d’Orsay souffle les mots en coulisses. Que la fierté nationale n’est qu’un prêt déguisé, consenti par l’ancienne métropole. Bref, que l’indépendance est une illusion trop grande pour la Guinée.
Quelle pitié ! Quelle petitesse ! Ils ne voient pas que, depuis 2021, une génération entière a repris goût à la verticalité, à l’ordre, à la parole donnée. Ils ne voient pas que l’armée, longtemps reléguée au rôle de spectatrice, s’est réconciliée avec le peuple. Ils ne voient pas que la Guinée parle désormais de futur, et non plus de tutelle.
Alors, qu’ils continuent de chercher des parrains imaginaires et des protecteurs invisibles. Pendant ce temps, le pays avance, sans complexe, sans béquille, sans traducteur culturel. La Guinée n’a pas besoin du Quai d’Orsay pour écrire sa page, elle a son encre, son souffle, et sa propre main ferme sur le stylo de l’Histoire.
Et si cela dérange, tant mieux. Cela prouve que le récit national est en train de se réécrire, loin des manuels d’autrefois et des fantasmes coloniaux recyclés. Doumbouya n’est pas « protégé » du Quai d’Orsay ; il est le symbole d’une Guinée qui n’a plus peur de penser par elle-même. Et ça, pour certains, c’est la véritable offense.
Qu’ils se rassurent, nos fins limiers du complot : le jour où le Quai d’Orsay se mettra à « protéger » Doumbouya, ce sera sans doute parce qu’il aura enfin compris que la Guinée n’a plus besoin de protecteur. En attendant, que Paris garde ses parapluies : ici, même sous l’orage, Conakry marche tête nue, et fière.
Partagez













Laisser un commentaire