Conakry (Guinée) /Chroniques des Politiciens en Mode SOS (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste, Éditorialiste, Écrivain et Essayiste).

Il y a, dans la classe politique guinéenne, une espèce rare mais bruyante. Pas les stratèges. Pas les idéologues. Pas les coriaces. Non.
Une espèce plus fragile, plus vibrante, plus spectaculaire :
le Pleurnichard de la République.

Un éditorial le mentionne ? Il suffoque.
Un reportage nuance ses propos ? Il panique.
Une phrase, une seule, pas à sa gloire ? Il se met en mode SOS :
« On veut me détruire ! »
« Le journaliste ne m’aime pas ! »
« C’est un complot ! »

On dirait que le moindre paragraphe qui ne les encense pas active chez eux l’alarme nationale. Ils vivent la critique comme un tremblement de terre. Ils pensent que la presse se réveille chaque matin avec un seul objectif : les martyriser personnellement.

Alors, ils sortent les carnets de contacts.
Paul. Pierre. L’ami du cousin du frère du journaliste.
Tout y passe.
Et dans le combiné, toujours la même chanson geignarde :
« On s’acharne sur moi… On m’a ciblé… On veut tuer mon image… »

La vérité, pourtant, tient en une ligne :
Un homme politique critiqué est un homme politique vivant.
Un homme politique ignoré est un homme politique fini.

La politique, c’est une scène. Et sur cette scène, le silence n’est pas du repos :
c’est un acte de décès qui n’a pas encore été déposé au tribunal.

Les pleurnichards, eux, n’ont pas compris cela. Ils confondent le métier du journaliste avec un tribunal familial. Ils prennent le commentaire pour une agression. La critique pour une guerre personnelle. L’analyse pour une embuscade.

Mais un journaliste, même mordant, n’est pas votre ennemi.
Il ne vous déteste pas.
Il vous utilise, et c’est ce qu’il peut vous offrir de plus précieux : la visibilité.

Parce qu’au fond, toute mention médiatique, bonne ou mauvaise, c’est du carburant politique.
Une preuve d’existence.
Un rappel au public que vous êtes encore dans l’arène.

Le seul vrai danger pour un responsable politique n’est pas d’être égratigné.
Le vrai danger, c’est le silence médiatique.
Le jour où personne ne prend la peine de vous critiquer, ce n’est pas que vous avez gagné.
C’est que vous ne comptez plus.

La politique n’est pas un monastère.
C’est un bruit permanent.
Le bruit qui agace, qui dérange, qui secoue.
Celui qui oblige à exister.
Celui qui rappelle que vous êtes encore dans le jeu.

Alors, chers professionnels du sanglot républicain :
rangez les mouchoirs.
Les larmes n’ont jamais construit une stature.
Les plaintes n’ont jamais créé du leadership.

La République ne manque pas de victimes imaginaires.
Elle manque d’acteurs assumés.
Des gens prêts à tenir debout, même quand la presse hausse le ton.

Le reste, c’est du théâtre.
Et dans ce pays, le public commence à se lasser des mêmes scènes.

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