Conakry (Guinée) / EXCLUSIF : Mr.Ibrahima M’Bemba Diallo, figure du BTP, brise le silence.

Conakry, le 24 Novembre 2025, Homme de l’ombre et entrepreneur sérieux dans le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) et multi-industries, depuis plus de huit (8) années dans son actif, Ibrahima M’Bemba Diallo a toujours préféré le bruit des bétonnières à celui des micros. Pourtant, il a décidé de rompre avec cette discrétion légendaire. Dans cet entretien exclusif, réalisé par Louis Fatwa MANO et Marguerite KAMANO, il dénonce les maux qui rongent son secteur et plaide pour une réforme profonde et urgente.

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Louis Fatwa MANO et Marguerite KAMANO : Monsieur Diallo, vous avez choisi de prendre la parole aujourd’hui. Pourquoi ce silence brisé maintenant, et quel est l’état d’esprit des acteurs locaux du BTP et Multi-Industries  ?

Ibrahima M’Bemba Diallo : “Le silence est devenu une complicité. Pendant des années, nous avons assisté, impuissants, à l’étouffement des entreprises nationales. Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins : soit nous réagissons, soit nous disparaissons, balayés par la concurrence étrangère et les pratiques déloyales. L’état d’esprit est celui de la détresse mêlée à une colère froide. Nous construisons la nation, mais nous ne sommes plus les maîtres d’œuvre de notre propre développement”.

Louis Fatwa MANO et Marguerite KAMANO : Le public déplore souvent la qualité de certaines infrastructures, notamment leur durée de vie. Le coût est-il le seul facteur en jeu ?

Ibrahima M’Bemba Diallo : Non, absolument pas. Le coût est un prétexte. La vérité que personne n’ose dire, c’est l’acceptation de la non-conformité pour maximiser les profits sur le court terme. Lorsque les cahiers des charges sont ignorés, que le matériel de mauvaise qualité est validé et que le suivi est laxiste, c’est toute la chaîne de valeur qui est corrompue. C’est un crime économique et social. Je le dis clairement : ceux qui acceptent de rogner sur la sécurité et la qualité par cupidité trahissent le pays.

Louis Fatwa MANO et Marguerite KAMANO : Vous faites allusion aux marchés publics. Que se passe-t-il exactement lors des attributions de grands projets d’infrastructures ?

Ibrahima M’Bemba Diallo : Le système est pervers. L’appel d’offres est souvent déséquilibré. Les entreprises locales ont rarement les reins assez solides pour faire face aux exigences financières d’une caution de soumission, et pire, à la concurrence déloyale des multinationales qui peuvent se permettre des marges très faibles initialement, avant de rattraper cela par des avenants et des changements de spécifications. Le BTP est un milieu où les amitiés et les enveloppes priment trop souvent sur l’expertise technique et la performance réelle.

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« Le BTP est un milieu où les amitiés et les enveloppes priment trop souvent sur l’expertise technique et la performance réelle. C’est l’hypothèque de notre avenir. »

Louis Fatwa MANO et Marguerite KAMANO : Quelles solutions préconisez-vous pour relancer durablement le secteur et lui redonner ses lettres de noblesse ?

Ibrahima M’Bemba Diallo : La solution passe par la transparence absolue et la formation.

  1. Audit Indépendant : Créer une autorité de contrôle des travaux publics, totalement indépendante de la tutelle ministérielle, capable d’auditer avant, pendant et après l’exécution des chantiers.
  2. Préférence Nationale et Partenariat : Réserver de plein droit au moins 30% des marchés publics aux PME locales compétentes, même en sous-traitance, mais avec un transfert de technologie réel.
  3. Encourager les Consortia : Pousser les entreprises locales à se regrouper en consortiums pour mutualiser leurs ressources et postuler aux grands marchés, plutôt que de s’affronter.
  4. Formation : Investir massivement dans les écoles de métiers. Nous avons besoin de maçons, de charpentiers, d’ingénieurs qualifiés qui maîtrisent les normes internationales et qui ont l’éthique de la construction durable.

Louis Fatwa MANO et Marguerite KAMANO : Un dernier mot, Monsieur Diallo ?

Ibrahima M’Bemba Diallo : « J’appelle les autorités à écouter les vrais professionnels, ceux qui ont les pieds dans le ciment et non la tête dans les nuages. L’infrastructure est le squelette de notre développement. Si le squelette est faible, tout s’écroule. L’avenir de nos enfants en dépend.« 

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