Conakry (Guinée) : Monénembo et l’Afrique : le décalage devenu gouffre (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste, éditorialiste, Écrivain et Essayiste).

L’écrivain Tierno Monénembo signe un texte qui se veut incisif. Mais derrière l’effet de plume, sa lecture des transitions africaines apparaît datée, figée, incapable de saisir une réalité politique en pleine mutation. L’Afrique que décrivent aujourd’hui les citoyens, les jeunes, les travailleurs, les intellectuels n’a plus rien à voir avec celle qu’il continue d’analyser avec les lunettes des années 1990.

L’Afrique bouge. Ses transitions aussi. Monénembo, lui, reste immobile.

Le « simulacre démocratique » : une critique devenue automatique

Pour Monénembo, chaque élection africaine serait jouée d’avance. Peu importe le pays, les institutions, les contextes : le même verdict tombe, prévisible, mécanique.
Cette caricature permanente évite toute nuance, toute analyse et surtout toute observation des avancées réelles portées par les sociétés civiles africaines.

Guinée : l’invalidation des « grands anciens » n’est pas un complot mais une respiration

L’écrivain présente l’exclusion d’Alpha Condé, de Cellou Dalein Diallo et de Sydia Touré comme la preuve d’un verrouillage politique.
C’est ignorer un fait essentiel : ces trois figures ont structuré la vie politique guinéenne pendant trente ans.

Mettre un terme au règne des « hommes providentiels » n’est pas un acte liberticide.

C’est une transition générationnelle, un choix politique assumé par une grande partie de la jeunesse guinéenne.

La liberté de choix, ce n’est pas de voter indéfiniment pour les mêmes noms.
C’est la possibilité pour un pays de tourner la page.

Sur le financement public : l’indignation sélective

Monénembo s’indigne du financement public alloué aux candidats, 200 000 euros. Un mécanisme pourtant banal dans de nombreuses démocraties.
Là où il voit un pot-de-vin déguisé, il y a en réalité un outil de réduction des inégalités entre candidats.

Sa critique évite soigneusement la complexité du sujet et préfère la facilité d’un procès d’intention.

Une transition n’est pas un coup d’État : un raccourci trompeur

Assimiler transitions et putschistes, militaires et présidents manipulateurs de Constitution est un raccourci grossier.
Les transitions les plus soutenues par les peuples africains sont précisément celles qui ont mis fin à un « coup d’État constitutionnel » commis par des présidents civils accrochés au pouvoir.

Guinée : Doumbouya n’a pas confisqué le pouvoir, il a stoppé une confiscation

Le 5 septembre 2021, Mamady Doumbouya n’a pas renversé un système démocratique :
il a stoppé une dérive monarchique, une confiscation programmée du pouvoir par Alpha Condé.

C’est la raison pour laquelle cette transition demeure largement soutenue.

Dire que sa victoire probable du 28 décembre serait une « formalisation de l’évidence » ne contredit rien : c’est un constat sociologique, pas un argument politique.

Le peuple guinéen reconnaît un homme qui a freiné une catastrophe institutionnelle.
Monénembo, lui, refuse de l’admettre.

Une feuille de route, une sortie, un cadre : ce que l’écrivain oublie

Alors que d’autres transitions africaines s’enlisent, la transition guinéenne a fixé une trajectoire, un calendrier, un cadre de sortie.
Une distinction majeure que Monénembo passe sous silence, car elle fragilise son récit d’une Afrique incapable de se réinventer.

La référence aux « bêtes sauvages » : littérature contre réalité

Sortir En attendant le vote des bêtes sauvages comme argument politique n’est pas une analyse.

C’est une facilité littéraire.
Une manière de contourner les transformations réelles des sociétés africaines pour se rassurer avec des images choc.

L’exemple bissau-guinéen : comparaison erronée, thèse bancale

Comparer le renversement d’une élection en Guinée-Bissau à un processus légal de transition en Guinée est une erreur manifeste.
Deux situations opposées, artificiellement rapprochées pour sauver une théorie.
La preuve ultime d’un raisonnement construit pour condamner, non pour comprendre.

Conclusion : Monénembo critique l’Afrique moderne avec des idées anciennes

La plume de Monénembo reste brillante. Son analyse, elle, se dégrade.

Elle recycle des clichés, néglige les faits, ignore les aspirations populaires.

L’Afrique n’est pas condamnée à reproduire les mêmes schémas.
Parfois, ce sont les transitions, même militaires, qui arrêtent les dérives civiles et réouvrent la voie de l’ordre constitutionnel.

Monénembo refuse de le voir. Les peuples africains, eux, l’ont compris.

Partagez

Laisser un commentaire

Rattrapez les dernières actus