Labé (Guinée) : Cellou Baldé ou la politique débarrassée des noms pour épouser l’efficacité (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste-Éditorialiste Écrivain-Essayiste).
A Labé, Cellou Baldé n’a pas simplement prononcé un discours. Il a posé un acte politique fort, presque dérangeant, en s’attaquant à l’un des mythes les plus enracinés de notre imaginaire collectif : celui d’un pouvoir fondé sur le nom, le sang ou l’appartenance. Dans une société où l’autorité est trop souvent perçue comme un héritage à préserver plutôt qu’une mission à accomplir, sa parole a résonné comme une invitation à changer de boussole.
D’un ton posé, mais d’une clarté implacable, il a rappelé une vérité que l’on feint trop souvent d’oublier : le pouvoir n’a de sens que par ce qu’il produit. Ni les avantages matériels, ni les privilèges liés aux fonctions ne sauraient justifier l’engagement politique. Gouverner n’est pas un moyen d’ascension personnelle ; c’est une responsabilité historique. La seule légitimité durable est celle qui se mesure à l’impact concret sur la vie des populations.
Derrière cette réflexion se glisse une question essentielle, presque provocatrice : à quoi bon se réjouir de voir un « fils du terroir » au sommet de l’État si cette proximité ne se traduit ni par des routes, ni par des écoles, ni par des hôpitaux, ni par des emplois ? Le nom, aussi familier soit-il, ne nourrit pas les familles, ne désenclave pas les localités et ne construit pas l’avenir. En revanche, un dirigeant qui agit, qui investit et qui transforme, même sans lien de parenté, s’impose par les faits et par les résultats.
C’est ici que le message devient plus profond, plus stratégique. Sans jamais le dire frontalement, Cellou Baldé invite à un examen lucide du présent. Depuis l’arrivée de Mamady Doumbouya à la tête de l’État, Labé connaît une dynamique nouvelle : investissements publics visibles, projets structurants, signaux concrets d’une volonté de développement longtemps attendue. Dès lors, une interrogation s’impose d’elle-même : pourquoi chercher ailleurs ce qui est déjà en train de se construire ici ?
Le discours dépouille ainsi le pouvoir de ses habits identitaires pour le ramener à sa fonction première : servir. Il ne s’agit plus de savoir d’où vient le dirigeant, mais ce qu’il fait et pour qui il le fait. La loyauté émotionnelle, fondée sur l’origine ou la parenté, cède la place à une loyauté rationnelle, fondée sur l’efficacité et l’intérêt général.
En filigrane, cette prise de parole sonne comme une critique assumée des logiques clientélistes qui ont trop longtemps confisqué l’État au profit de cercles fermés et improductifs. Elle propose une autre voie : celle d’un pouvoir jugé à l’aune des actes, et non des slogans ; des résultats, et non des promesses.
A Labé, Cellou Baldé n’a donc pas seulement parlé de politique. Il a esquissé une pédagogie du discernement. Il a rappelé que le pouvoir n’est ni un héritage à protéger ni un butin à partager, mais une responsabilité collective à évaluer. Et dans cette évaluation, une idée s’impose avec évidence : lorsque le travail est fait, lorsque le développement est visible, la continuité devient moins une option qu’un choix de raison.
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