Conakry (Guinée ) : Le chef de la junte guinéenne en passe de remporter l’élection présidentielle.
Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.
Les Guinéens ont voté dimanche lors d’une élection présidentielle où Mamady Doumbouya, général qui a dirigé la junte ayant pris le pouvoir il y a quatre ans, était le grand favori, tandis que les principaux chefs de l’opposition étaient empêchés de se présenter.
À partir de 18h00 GMT, alors que les bureaux de vote commençaient à fermer, les responsables ont entamé le dépouillement.
En se présentant, l’homme fort a renié sa promesse de ne pas briguer de mandat et de rendre le pouvoir civil à ce pays d’Afrique de l’Ouest d’ici fin 2024.
Depuis sa prise de pouvoir en 2021, Doumbouya a réprimé les libertés civiles, interdit les manifestations et procédé à des arrestations, des procès ou des exils parmi ses opposants.
Quelque 6,8 millions d’électeurs étaient en droit de choisir parmi les neuf candidats retenus. Doumbouya, âgé de 41 ans, se présente comme indépendant.
Plus tôt dans la journée, escorté par des dizaines de membres des forces spéciales, le chef de la junte a voté avec son épouse dans un quartier du centre de la capitale, Conakry.
Vêtu d’un boubou et d’une casquette blanche, Doumbouya – qui n’a tenu aucun rassemblement pendant la campagne – a salué ses partisans mais n’a fait aucune déclaration.
Des journalistes de l’AFP ont constaté un important dispositif de sécurité, comprenant notamment des véhicules blindés, patrouillant dans les rues de la capitale.
Les forces de sécurité ont déclaré avoir « neutralisé » samedi, dans la banlieue de Conakry, des membres d’un groupe armé aux « intentions subversives menaçant la sécurité nationale ».
« Je suis ici pour accomplir un devoir civique », a déclaré à l’AFP Colle Camara, un enseignant de 45 ans, alors qu’il déposait son bulletin de vote lors de ce qu’il espérait être une élection « pacifique ».
Doumbouya semblait bien parti pour l’emporter dès le premier tour, face à huit autres candidats relativement inconnus. Les résultats provisoires sont attendus d’ici deux jours.
« Calme » :
L’opposition a appelé au boycott du scrutin, dans un pays riche en minéraux mais où 52 % de la population vit dans la pauvreté, selon les chiffres de la Banque mondiale.
À Conakry, la participation est restée stable dans les bureaux de vote visités par les journalistes de l’AFP, mais inférieure à celle enregistrée lors du référendum constitutionnel de septembre.
« À quoi bon s’énerver pour aller voter quand on connaît déjà le résultat ? », a déclaré à l’AFP un électeur de banlieue sous couvert d’anonymat.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a déclaré vendredi que la campagne avait été « marquée par l’intimidation d’acteurs de l’opposition, des disparitions forcées apparemment motivées par des raisons politiques et des restrictions à la liberté des médias ».
Des observateurs étrangers contactés par l’AFP ont indiqué que la participation était également en baisse dans d’autres villes comme Labe au nord, Kankan à l’est et N’Zerekore au sud.
L’autorité électorale guinéenne a annoncé un taux de participation global provisoire de 85 % peu après la fin du scrutin.
« Le vote a commencé dans le calme, sans incident ni violence signalés », ont déclaré les observateurs du Réseau ouest-africain pour la consolidation de la paix (WANEP) dans un communiqué publié vers midi.
Ce vote, qui a eu lieu le même jour que les élections en République centrafricaine, clôture une année électorale chargée en Afrique, marquée par l’autoritarisme et l’oppression, ainsi que par les victoires de plusieurs dirigeants de longue date, notamment au Cameroun et en Côte d’Ivoire où les principaux rivaux ont également été empêchés de se présenter.
« Magie électorale » :
La Guinée a connu une transition démocratique rare avec l’élection en 2010 d’Alpha Condé, son premier président librement élu.
Doumbouya l’a renversé en septembre 2021.
La nouvelle constitution guinéenne a permis aux membres de la junte, dont Doumbouya, de se présenter aux élections et a allongé les mandats présidentiels de cinq à sept ans, renouvelables une fois.
Contrairement à son voisin le Mali et aux pays voisins du Burkina Faso et du Niger, tous également sous régime militaire, la Guinée a maintenu de bonnes relations avec son ancienne puissance coloniale, la France, et d’autres partenaires internationaux.
Le chef de l’opposition et ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo a condamné le vote comme une « mascarade électorale » visant à légitimer « la confiscation planifiée du pouvoir ».
Il est l’un des trois chefs de l’opposition interdits de se présenter aux élections par la nouvelle constitution.
Diallo a été exclu car il vit en exil et sa résidence principale ne se situe pas en Guinée. L’ancien président Condé et l’ancien Premier ministre Sidya Touré, également en exil, ont plus de 80 ans, âge limite.
Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Doumbouya a vanté ses réalisations en matière d’infrastructures, promis de lutter contre la corruption et exprimé son ambition de « faire de la Guinée un pays émergent ».
Il a mis en avant le démarrage des opérations à Simandou, l’une des plus grandes mines de minerai de fer au monde. Yabi a déclaré que si les Guinéens sont enthousiastes à l’égard de tels projets, l’avenir de la gouvernance économique après les élections reste incertain.
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