Conakry (Guinée) /Le Discours de Fin d’Année : Entre Tradition et Liberté de Choix (Par Chérif Sampiring Diallo, Journaliste-Éditorialiste, Écrivain-Essayiste).

Le discours de fin d’année, ce rituel républicain où le Chef de l’État s’adresse à la Nation, est souvent perçu comme une étape immuable du calendrier politique. En Guinée, pourtant, cette coutume ne relève ni d’un impératif légal, ni d’une injonction constitutionnelle. C’est un acte de pure courtoisie républicaine, une passerelle symbolique entre le bilan et l’horizon. Mais dans l’agitation des transitions, la parole est-elle toujours d’or ? Ou le silence est-il, au contraire, l’expression suprême de la responsabilité ?
En cette période charnière, alors que Mamady Doumbouya, fort des résultats provisoires des élections présidentielles du 28 décembre dernier, observe une réserve remarquée, une partie de la classe politique s’agite. Ses détracteurs, prompts à la sentence, fustigent ce silence qu’ils interprètent comme un désintérêt, voire une absence de légitimité. Or, c’est ici que réside un paradoxe saisissant : ceux-là mêmes qui contestent la validité de son élection sont les plus virulents à exiger de lui un acte de souveraineté, le discours présidentiel. Ils réclament la parole du chef tout en niant son autorité. Cette incohérence flagrante révèle que leur critique n’est pas une quête de droit, mais une simple posture d’opposition systématique.

Il convient de rappeler une vérité fondamentale : la parole présidentielle est une ressource rare, elle ne saurait être galvaudée par la précipitation. En choisissant d’attendre la proclamation des résultats définitifs par les instances compétentes, Mamady Doumbouya ne fuit pas ses responsabilités ; il sacralise l’institution. Prendre la parole avant l’onction définitive du juge électoral serait une forme d’arrogance institutionnelle. Sa prudence est une leçon de droit : elle signifie que le respect des étapes de validation prime sur la satisfaction immédiate de l’opinion.
Contrairement à la politique spectacle qui exige des déclarations à tout rompre, cette approche pragmatique marque une rupture. Le silence de Doumbouya est un silence d’État. C’est le choix d’un homme qui refuse que sa parole soit dictée par l’émotion collective ou par des pressions externes. En s’épargnant des déclarations prématurées, il préserve la sérénité de la transition et la solidité de son futur mandat.

Si l’on veut restaurer la dignité de la fonction présidentielle, il faut accepter que le Président soit le maître du temps. Vouloir lui imposer un agenda médiatique, c’est méconnaître la nature même du pouvoir républicain. La légitimité ne se mesure pas à la fréquence des discours, mais à la conformité des actes avec la loi.
Ainsi, ce silence n’est pas une absence, c’est une posture de respect. Une pause stratégique qui nourrit la légitimité au lieu de la consommer. En définitive, Mamady Doumbouya redonne tout son sens à la parole politique : elle ne sera prononcée que lorsqu’elle sera pleinement et légalement irréfutable. A la précipitation des uns, il oppose la solennité de l’institution.


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