Guinée / Inondations à Conakry : nous mourons de prévisibles tragédies ( Par Mamoudou Babila KEÏTA, Journaliste d’investigation )!
Chaque saison des pluies à Conakry vire à la tragédie. Mais l’ampleur des 4 dernières années, est particulièrement alarmante : Inondations, morts d’hommes, blessés, destructions, détresses. Le cycle prévisible se répète, pourtant, évitable mais toujours ignoré. Cette année encore, des familles sont endeuillées, des quartiers submergés, des routes englouties, et l’indignation générale se heurte au mutisme d’un État passif.
Le mal est profond. Il s’appelle urbanisation anarchique, infrastructures mal conçues, incivisme aggravé, corruption généralisée, et surtout, absence totale de politique d’anticipation. Conakry s’étend sans plan directeur respecté. Les zones marécageuses sont illégalement remblayées les autorités elle-mêmes ou par leur complicité active. Les canaux d’évacuation sont bouchés par des habitations ou des ordures. Les rares travaux engagés dans le populisme ne sont ni suivis en raison de la corruption et ni achevés pour des raisons budgétaires. Et la gestion des déchets reste une illusion dans une capitale en pleine asphyxie. C’est tout un cocktail explosif qui détruit des vies et des biens en saison des pluies.
Pendant ce temps, l’ANGUCH (l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et des Catastrophes Humanitaires), manque de professionnels et de moyens. L’indifférence des autorités du moment, reste préoccupante. Là où elles devraient prévenir, elles constatent. Là où elles devraient intervenir, elles s’effacent. Et les citoyens, eux, meurent noyés sous les effets conjugués de la pluie et de la négligence des gouvernants incapables.
Il faut agir maintenant, sur plusieurs fronts :
● Urbanisme : Auditer, interdire les constructions en zones inondables, délocaliser les plus exposés, et revoir en profondeur le Plan Directeur d’Aménagement de Conakry.
● Infrastructures : Relancer les chantiers bloqués, imposer des audits techniques indépendants, et mettre fin à l’attribution de marchés à des sociétés fictives sans expertise.
● Citoyenneté : Lancer une campagne nationale de sensibilisation, instaurer des brigades de « police verte », enseigner le civisme environnemental dans les écoles, les lieux de cultes, dans les médias, et multiplier les points de collecte des ordures dans les quartiers.
● Institutions : Réformer en profondeur l’ANGUCH, la doter de moyens, de professionnels compétents et d’un mandat clair. Créer un fonds spécial anti-catastrophes géré de façon transparente, et intégrer une dimension climatique obligatoire dans tout projet d’infrastructure publique.
Les morts par inondation ne sont pas des martyrs du climat. Ce sont les victimes d’un système défaillant, d’une gouvernance sans vision, et d’une responsabilité partagée entre autorités incompétentes et démissionnaires et citoyens négligents.
Il est encore temps de sauver Conakry de la noyade. Mais cela demande du courage, de la rigueur, et une volonté politique sincère, loin des discours creux et des propagandes politiques inutiles.
Mes condoléances aux familles endeuillées. Ma solidarité à toutes les victimes. Mon appel à la vigilance et à l’action collective.
Loin des yeux, mais près du cœur.
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