Gaza : la défaite morale de l’humanité (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste, Éditorialiste, Écrivain, Essayiste).
La guerre à Gaza ne se réduit pas à une confrontation régionale entre Israël et les Palestiniens. Elle est devenue le symbole d’un basculement mondial : l’échec du droit international, l’impuissance des institutions multilatérales et la faillite morale d’une humanité incapable de protéger ses principes fondateurs. Gaza cristallise à la fois une tragédie humanitaire et un effondrement éthique.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale s’était dotée d’outils juridiques censés garantir la protection des civils en temps de guerre. Les Conventions de Genève établissaient le principe fondamental de l’immunité des populations civiles, la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques consacraient le droit à la vie et la dignité humaine. Or, à Gaza, ces textes se sont vidés de leur substance. Les bombardements indiscriminés sur des zones densément peuplées, la destruction d’infrastructures vitales comme les hôpitaux, les écoles ou les réseaux d’eau et d’électricité, et les déplacements forcés constituent des violations manifestes du droit international humanitaire. Pourtant, aucune sanction effective n’est imposée. Gaza est devenu le théâtre d’une normalisation de l’exception, où ce qui devrait être jugé comme crime de guerre est relégué au rang de simple dommage collatéral.
L’Organisation des Nations unies, censée représenter la conscience collective du monde, s’est révélée impuissante. Le Conseil de sécurité est paralysé par le jeu des vetos, en particulier celui des États-Unis, allié indéfectible d’Israël. L’Assemblée générale adopte bien des résolutions condamnant les violences, mais sans effet contraignant, tandis que les agences humanitaires comme l’UNRWA se retrouvent à la fois débordées et délégitimées, parfois même privées de financements par certaines puissances occidentales. Gaza révèle ainsi l’obsolescence d’un système international conçu en 1945 pour éviter le fléau de la guerre, mais incapable de répondre à un conflit où le droit est ouvertement bafoué.
La guerre de Gaza met également en lumière le double standard moral et juridique qui mine l’ordre mondial. En Ukraine, l’agression russe a suscité une réaction immédiate d’indignation, des sanctions massives et un soutien militaire considérable. A Gaza, les mêmes États qui invoquent le droit international ailleurs préfèrent souligner le droit d’Israël à se défendre, au prix de l’oubli du droit des Palestiniens à vivre. Ce deux-poids-deux-mesures fragilise la crédibilité des institutions internationales et nourrit un profond ressentiment dans le Sud global. De l’Afrique à l’Asie, de nombreux peuples voient dans Gaza la preuve que toutes les vies humaines ne valent pas le même prix, selon qu’elles soient occidentales ou orientales.
Au-delà des institutions et des gouvernements, Gaza questionne la conscience collective. L’indifférence croissante face aux images de destructions massives et de massacres de civils traduit une banalisation de l’horreur. Cette indifférence constitue une décadence morale. Quand la souffrance devient routine, la compassion s’éteint. Quand le droit se réduit à un instrument politique, la justice disparaît. Quand les enfants de Gaza meurent dans le silence, l’humanisme cesse d’être universel et devient un slogan vide.
Gaza n’est donc pas seulement une tragédie palestinienne. Elle est le miroir d’une humanité en crise, incapable d’appliquer ses propres principes. Elle préfigure un monde où le droit international cède définitivement devant la force, où la morale universelle est dissoute dans les rivalités géopolitiques. La question fondamentale n’est plus seulement de savoir qui protégera Gaza, mais bien de savoir qui protégera demain l’humanité lorsque ses propres fondations morales auront définitivement sombré.
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