ONU : le grand fantôme qui fait la morale.

Encore un communiqué, encore une indignation en papier glacé. Cette fois, c’est la Guinée qu’on tance : « levez les interdictions », « libérez les détenus ». L’ONU gronde… ou plutôt chuchote derrière des rideaux déjà troués. Pendant ce temps, le monde brûle.
Souvenons-nous : l’ONU est née en 1945, sur les cendres de deux guerres mondiales, censée empêcher la troisième. Un Conseil de sécurité à cinq têtes, un droit de veto qui transforme les grandes puissances en dieux capricieux. Résultat : un théâtre d’ombres. Génocide au Rwanda ? Silence bureaucratique. Gaza ? Des résolutions votées à la pelle, jamais appliquées. Ukraine ? Les vetos s’entre-croisent pendant que les bombes tombent. Syrie, Yémen, Myanmar… la liste est longue, la voix de l’ONU courte.
voilà que cette même institution, paralysée face aux canons, se découvre soudain des muscles pour sermonner Conakry. Qu’un organe incapable de protéger des millions de civils se pose en censeur de province a quelque chose de grotesque. Les Guinéens, eux, connaissent la valeur d’un État en crise ; ils n’ont pas besoin de leçons d’un organisme dont les casques bleus eux-mêmes ont parfois été synonymes d’épidémies ou d’abus.
Le problème n’est pas que l’ONU parle : c’est qu’elle ne peut rien faire d’autre. Sa charte, figée dans l’après-guerre, confère aux vainqueurs de 1945 un pouvoir absolu. Le monde a basculé : l’Inde, le Brésil, l’Afrique entière pèsent désormais, mais restent relégués au banc des figurants. On discute, on déplore, on « exprime sa profonde préoccupation ». La planète, elle, s’embrase.
Si cette maison de verre veut retrouver un soupçon de crédibilité, il ne s’agit plus de colmater. Il faut tout revoir : abattre le veto, redistribuer les sièges, lier les résolutions à de vraies conséquences. Sans quoi, l’ONU restera ce qu’elle est devenue : un vestige décoratif, un mégaphone sans courant, prompt à fustiger les faibles et à bégayer devant les puissants.
En attendant, qu’elle nous épargne ses sermons. L’humanité a besoin d’un arbitre, pas d’un fantôme moralisateur.
Par Chérif Sampiring Diallo ,Journaliste, Éditorialiste, Écrivain et Essayiste
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