TRUMP, LE NOBEL QUI LUI ÉCHAPPE… ET LE MONDE QUI TREMBLE.
De l’ombre du Nobel à la tentation du chaos
Vendredi 10 octobre 2025, à Oslo. Le monde découvre, sans grande surprise mais avec un soupçon d’émotion, le nom de la lauréate du prix Nobel de la paix : Maria Corina Machado, figure emblématique de l’opposition démocratique vénézuélienne.
L’image est forte : une femme de fer, qui a défié l’autoritarisme chaviste sans armes, sans armée, mais avec une foi inébranlable en la démocratie.
Mais à Washington, un homme a dû serrer les dents. Un homme persuadé que la paix mondiale, ou du moins son illusion, ne peut se concevoir sans lui. Cet homme, c’est Donald J. Trump, 47ᵉ président des États-États-Unis.
Le Nobel, obsession d’un homme en quête d’absolution
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Trump n’a jamais caché son espoir, certains diraient sa conviction divine, de recevoir enfin le prix Nobel de la paix.
A ses yeux, il l’aurait mérité dès 2018 après son sommet historique avec Kim Jong-un. Il l’aurait mérité encore davantage en 2020, lorsqu’il avait parrainé les Accords d’Abraham, ces rapprochements spectaculaires entre Israël et plusieurs pays arabes.
Mais cette année encore, alors que les négociations Israël-Hamas patinent, que la guerre en Ukraine s’enlise, et que la rivalité sino-américaine s’intensifie, le comité Nobel a préféré honorer la résistance d’une femme plutôt que les ambitions d’un homme.
Un affront personnel pour Trump, un désaveu symbolique pour celui qui croit que la paix n’existe que si c’est lui qui la signe.
Le trumpisme diplomatique : la paix par la menace
Pour comprendre la frustration de Trump, il faut comprendre son rapport au monde.
Le trumpisme diplomatique ne repose pas sur la patience ni sur la discrétion, mais sur la pression maximale.
Trump ne dialogue pas, il marchande. Il ne négocie pas, il impose.
Son concept de paix est transactionnel : « Je te protège si tu payes, je t’écrase si tu refuses. »
Aujourd’hui encore, ses conseillers murmurent qu’il pourrait, dans un geste spectaculaire, « forcer la paix » au Proche-Orient en menaçant l’un ou l’autre camp.
Une paix explosive, à l’image de son ego : bruyante, imprévisible, égotique.
C’est là tout le paradoxe Trump : il rêve du Nobel de la paix, mais son instinct est celui d’un général offensif persuadé que la paix ne s’impose qu’à la pointe d’un missile.
Israël, Gaza, Ukraine : l’homme sur tous les fronts
Depuis des mois, Trump s’improvise médiateur mondial.
Il appelle Netanyahou, sermonne Zelensky, menace Poutine de « conséquences inimaginables », tout en envoyant des émissaires confidentiels à Doha pour « faire bouger le Hamas ».
Mais au fond, tout cela n’a qu’un objectif : sa propre postérité.
Chaque conférence de presse devient une scène. Chaque déclaration, une promesse de grandeur.
Trump ne veut pas seulement sauver le monde, il veut que le monde s’en souvienne.
Et que le Nobel, un jour, en atteste .
La tentation du chaos
Alors, posons la question qui dérange : Trump est-il capable de provoquer une guerre pour obtenir la paix ?
L’histoire récente nous a appris qu’il ne recule jamais devant la démesure.
Si son nom devait encore une fois être écarté du Nobel, il pourrait être tenté de démontrer, par l’action, qu’il est indispensable.
Et quoi de mieux pour cela que de s’imposer comme le seul capable d’éteindre un incendie… qu’il aurait lui-même allumé ?
De la mer Rouge à la mer Noire, du Golfe persique à l’Atlantique, le monde reste suspendu aux impulsions d’un homme pour qui la politique internationale est une scène et la paix, un trophée personnel.
La paix selon Trump : un miroir brisé
Le comité Nobel, en couronnant Maria Corina Machado, a envoyé un message limpide : la paix ne s’achète pas, ne se proclame pas, elle se construit dans la vérité et le courage moral.
Face à cette leçon, Trump devra choisir : accepter d’être un acteur parmi d’autres dans l’histoire du monde, ou redevenir ce qu’il a toujours été, un démiurge frustré, prêt à tout pour qu’on parle encore de lui.
Car avec Trump, le danger n’est pas seulement qu’il perde le Nobel de la paix.
Le vrai danger, c’est qu’il essaie de gagner la guerre, pour le mériter enfin.
Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste – Éditorialiste, Écrivain, Essayiste.
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