Labé (Guinée ) / Université de Labé (Hafia) : le logement étudiant, un malaise structurel qui s’aggrave.
L’Université de Labé, sur le site de Hafia, illustre cette année encore les limites criantes du système d’accueil des étudiants dans les institutions publiques guinéennes. La surpopulation dans les dortoirs, devenue la norme, révèle un malaise plus profond : l’incapacité chronique de l’État à accompagner la massification de l’enseignement supérieur par une politique d’infrastructures adaptée.

Dans les faits, la situation a atteint un niveau préoccupant. Dans certaines chambres prévues pour quatre occupants, on dénombre jusqu’à dix étudiants entassés. Les lits superposés sont disposés deux à deux, mais l’exiguïté des lieux oblige à transformer les couchettes supérieures en espaces de rangement. « Nous n’avons même pas où nous arrêter. Je partage ce petit carré avec deux camarades, nos bagages sont ici, il n’y a plus d’espace », confie Djenabou, étudiante en Lettres modernes.

Ces conditions de vie, à la fois inconfortables et humiliantes, poussent plusieurs étudiants à chercher des alternatives dans les quartiers environnants. Camara Muhammed Adama, a choisi de s’installer dans une concession privée à 80 000 francs guinéens par mois. « Là-bas, je respire un peu, même s’il n’y a pas d’électricité. J’ai préféré ça aux dortoirs où l’on est trop serrés et où il faut parfois marcher longtemps pour avoir de l’eau », raconte-t-il.

Mais la crise dépasse la simple question du confort. Elle touche désormais à la sécurité et à la dignité humaine. Selon Maxime Traoré, un autre étudiant, le déséquilibre entre le nombre de nouveaux inscrits et celui des sortants est à l’origine du chaos. « Certains nouveaux dorment à la station ou dehors. D’autres, surtout des filles, viennent se réfugier dans les chambres des garçons pour leur sécurité. Par solidarité, ces derniers dorment dehors pour leur laisser la place », explique-t-il.
Plusieurs étudiants interrogés par Réveil-Africain.org ont accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, craignant des représailles de la part de l’administration universitaire. Tous décrivent la même réalité : une promiscuité insoutenable.
Un problème symptomatique d’un modèle en crise
Le manque de places à Hafia n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans un phénomène plus large : la massification non planifiée de l’enseignement supérieur en Guinée. Chaque année, les universités accueillent des milliers de nouveaux étudiants sans que les capacités d’hébergement, de restauration ou d’encadrement ne suivent. Cette pression constante fragilise la qualité de vie universitaire et, par ricochet, les performances académiques.
L’absence d’une politique nationale cohérente en matière de logement étudiant accentue la précarité. Dans plusieurs institutions, les résidences universitaires relèvent davantage du symbole que de la solution. A Hafia comme ailleurs, le déficit d’entretien, la vétusté des infrastructures et la faiblesse des investissements publics traduisent une négligence institutionnelle devenue structurelle.
Des étudiants entre survie et espoir
Pourtant, malgré la dureté des conditions, les étudiants continuent d’affluer à l’Université de Labé, mus par la conviction que l’éducation demeure un levier d’ascension sociale. Entre les murs étroits des dortoirs, derrière les sourires fatigués et les discussions à voix basse, se lit la même détermination : apprendre, avancer, s’en sortir.
Mais cette résilience a ses limites. Sans un plan d’urgence pour l’hébergement, l’approvisionnement en eau et l’amélioration du cadre de vie, c’est tout le sens de l’université comme lieu d’émancipation qui s’érode peu à peu.
Le problème des dortoirs à Hafia n’est pas qu’un fait divers estudiantin : c’est un miroir d’une politique publique qui peine encore à concilier croissance du nombre d’étudiants et respect de la dignité humaine.
Chérif Sampiring Diallo, pour Réveil-Africain.org
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