Labé (Guinée ) / Université de Labé (Hafia) : les mirages d’une vie étudiante sous tension.
A Hafia, ce coin de Labé devenu le poumon universitaire du Fouta, la vie des étudiants s’écrit entre débrouille, injustice et résistance silencieuse. Ce qui devrait être un espace de savoir et d’émancipation se transforme peu à peu en un terrain d’expérimentation d’une économie sans boussole morale.
Quand se loger devient un luxe
Les dortoirs officiels débordent, les chambres manquent, et les étudiants se tournent vers des logements privés que des entrepreneurs locaux ont érigés. Sur le papier, ces mini-cités étaient censées soulager l’université. En réalité, elles sont devenues le symbole d’une économie informelle où le profit prime sur la dignité.
Les propriétaires exigent souvent des avances d’un an, dix mois payés, deux prétendument « offerts », alors même que l’année universitaire n’en dure que neuf. Un art subtil de la manipulation, déguisé en générosité. Et lorsque la fin des cours approche, certains vont jusqu’à réclamer une avance pour « réserver » la chambre de l’année suivante, quitte à la céder ensuite à celui qui payera comptant. L’étudiant, lui, reste sur le carreau, désarmé.
A Hafia, les murs abritent les rêves, mais aussi les abus. Le logement étudiant, autrefois une question logistique, est devenu une marchandise comme une autre, soumise à la loi du plus solvable.
Le marché, miroir d’un déséquilibre social
A quelques mètres du campus, le marché de Hafia bruisse d’une autre injustice. Ici, les prix obéissent non pas à la saison, mais au calendrier des pécules. Dès que les bourses tombent, les prix s’envolent : le riz, l’huile, le pain, tout prend l’ascenseur.
« On dirait qu’ils connaissent la date du paiement mieux que nous », ironise un étudiant. En une nuit, le kilo de riz passe de 10 000 à 15 000 francs, le pain augmente, l’huile devient un luxe. Puis, deux semaines plus tard, tout redescend, comme si de rien n’était. Ce cycle absurde s’est imposé comme une norme tacite, une forme de spéculation tolérée au détriment d’une jeunesse déjà fauchée.
Le marché, lieu de vie, s’est mué en instrument d’asphyxie économique.
Chaque pécule versé devrait être un souffle d’espoir ; il devient un piège où les poches se vident avant même d’être remplies.
Une génération face à un système d’indifférence
Entre loyers injustes et flambée des prix, les étudiants de Hafia portent le poids d’une double précarité : celle du logement et celle de la survie quotidienne. Ils vivent dans un système qui ne les protège pas, où ni l’université ni les autorités locales n’ont encore pris la mesure du problème.
La question du logement étudiant et celle de la vie chère ne sont pas de simples « faits divers économiques ». Elles révèlent une fracture plus profonde : celle d’une société où l’éducation est proclamée priorité, mais vécue comme une charge.
A Hafia, étudier n’est plus seulement apprendre, c’est lutter, contre le marché, contre les bailleurs, contre le silence institutionnel.
Vers un sursaut collectif ?
Ce qui se joue à Hafia dépasse le cadre d’une université régionale. C’est une métaphore du pays : une jeunesse qui avance malgré tout, dans un environnement qui ne lui fait pas de place. Tant que les autorités se contenteront de gérer les crises au lieu de les anticiper, le cycle de précarité continuera.
Réformer le logement étudiant, encadrer les loyers privés, réguler le marché local, ce ne sont pas des faveurs à accorder, mais des urgences à traiter.
Car une université ne se mesure pas seulement à ses diplômes, mais à la dignité de ceux qui y vivent.
Chérif Sampiring Diallo pour Réveil-Africain.org
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