Le Grand Mystère du « Qui Est Qui » : Quand l’Évidence Devient Programme Électoral (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste-Éditorialiste, Écrivain, Essayiste ).
Ah, le suspens ! Abdoulaye Yéro Baldé nous offre un moment de pur théâtre politique avec son vibrant appel au débat public pour que les Guinéens puissent enfin « savoir qui est qui et qui peut faire quoi pour la Guinée ». Une déclaration d’une audace presque comique, un peu comme demander à un Guinéen s’il connaît le tô après soixante ans d’indépendance.

L’idée est charmante, bien sûr. On imagine déjà les candidats, tous Guinéens, ce qui est rassurant, puisqu’aucun extraterrestre ni Danois ne s’est glissé sur la liste, alignés devant les caméras pour dévoiler leurs identités secrètes. L’un déclarerait qu’après trente ans passés au gouvernement ou dans l’opposition, il se présente comme celui que tout le monde connaît déjà, celui qui a fait exactement ce que chacun a vu. L’autre annoncerait être celui qui a dénoncé toutes les actions de son voisin, et qui promet de faire la même chose, mais avec d’autres slogans. Quel scoop !
Soyons sérieux : de qui se moque-t-on ? Les Guinéens naviguent dans cette réalité politique depuis si longtemps qu’ils possèdent des archives plus complètes sur les neuf candidats que le FMI n’en a sur la dette nationale. Le fameux « qui est qui » n’a rien d’un mystère. Le citoyen lambda sait parfaitement qui a été ministre sous qui, qui a changé de parti comme de chemise et qui a fait fortune par des voies… disons créatives. Ce « bilan » accompagne les conversations quotidiennes, qu’elles se déroulent devant un robinet sans eau ou un compteur électrique en crise.
Quant au fameux « qui peut faire quoi », c’est encore plus savoureux. Tous les candidats peuvent promettre des routes en or, une électricité continue et des emplois pour tous. La question n’a jamais été ce qu’ils peuvent promettre, mais ce qu’ils feront réellement. Et là, l’historique de chacun constitue déjà un épais catalogue largement feuilleté par le peuple.
Dans ce contexte, l’appel au débat n’éclaire rien : il divertit. C’est l’ultime tentative de présenter l’élection comme une découverte, alors qu’elle n’est qu’une évaluation critique des mêmes visages, des mêmes promesses et, très probablement, des mêmes résultats.
Merci donc à M. Baldé de nous rappeler que la mémoire guinéenne n’est pas aussi courte qu’on le croit. Le véritable débat que les citoyens aimeraient entendre serait plutôt celui-ci : pourquoi faudrait-il encore croire à un énième échange d’idées quand les preuves, elles, sont déjà visibles dans la rue ?
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