Conakry (Guinée) / Participation citoyenne : entre mobilisation et lassitude (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste, Éditorialiste Écrivain, Essayiste).

L’appel lancé à Labé par Bah Oury, en faveur d’un engagement politique accru des citoyens pour lutter contre la mal gouvernance, remet au centre du débat une question essentielle de la vie publique guinéenne : celle de la participation citoyenne. En liant la démission collective aux dérives de la gouvernance, le discours souligne une responsabilité partagée entre institutions et société.

Cet appel à la mobilisation s’inscrit dans une logique largement admise. Une citoyenneté active constitue un rempart contre les excès, en renforçant les mécanismes de contrôle, de vigilance et de redevabilité. A cet égard, rappeler que l’engagement politique ne se limite pas aux périodes électorales apparaît comme une évidence démocratique.

Toutefois, la participation ne peut être durable que si elle s’appuie sur des conditions favorables. L’implication des citoyens suppose qu’ils perçoivent un lien tangible entre leur engagement et l’amélioration concrète de la gouvernance. A défaut, les appels répétés à la mobilisation risquent de se heurter à une forme de lassitude, nourrie par le sentiment que l’effort civique produit peu d’effets visibles.

La question n’est donc pas seulement celle de la responsabilité citoyenne, mais aussi celle de l’environnement politique et institutionnel dans lequel cette responsabilité s’exerce. Une participation continue, telle que souhaitée par les acteurs politiques, exige des espaces d’expression crédibles, des réponses claires aux préoccupations exprimées et une constance dans l’action publique.

Dans le contexte actuel, l’enjeu est de transformer la mobilisation ponctuelle en engagement durable. Cela implique une pédagogie de l’action publique et une capacité à intégrer les contributions citoyennes dans les processus décisionnels. Sans ces éléments, le risque est de voir l’appel à l’engagement perdre de sa force mobilisatrice.

Ainsi, si le message délivré à Labé met en lumière le rôle central du citoyen dans la lutte contre la mal gouvernance, il rappelle aussi, en filigrane, que la vitalité démocratique repose sur un équilibre délicat : celui entre l’exigence d’implication populaire et la capacité des institutions à donner un sens concret à cette implication.

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