Conakry (Guinée ) /Quand la vedette devient étoile : Djelikaba Bintou et la grammaire de la superstar (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste-Éditorialiste Écrivain-Essayiste).
Toutes les scènes musicales produisent des voix. Certaines deviennent célèbres. D’autres deviennent incontournables. Mais très rares sont celles qui accèdent à ce statut presque mythologique où l’artiste cesse d’être seulement écouté pour devenir un point de repère. C’est là que s’opère la différence fondamentale entre la vedette et la superstar.
La vedette brille dans le champ de la musique.
La superstar, elle, recompose le paysage.
En Afrique comme ailleurs, l’histoire est claire. Le Sénégal a connu d’immenses chanteurs, mais c’est avec Youssou N’Dour que la musique est devenue drapeau, diplomatie, identité. Le Nigeria a produit d’innombrables artistes populaires, mais Burna Boy a franchi un seuil : celui où la musique ne parle plus seulement au public local, mais dialogue avec le monde. La Côte d’Ivoire a célébré ses stars, mais Alpha Blondy a incarné une époque, une parole, un son immédiatement reconnaissable sur toutes les latitudes.
A l’échelle mondiale, la distinction est encore plus nette. Il existe d’excellentes chanteuses américaines, mais Beyoncé est une institution sonore. Il y a de grands artistes pop, mais Michael Jackson était un système gravitationnel à lui seul. La superstar n’est pas qu’un succès : elle est une norme nouvelle.
C’est précisément à cet endroit que se situe Djelikaba Bintou.
La Guinée n’a jamais manqué de vedettes. Elle a offert à l’Afrique des voix puissantes, des artistes respectés, parfois adulés. Mais jusqu’ici, ces figures demeuraient inscrites dans une reconnaissance essentiellement musicale. Djelikaba Bintou, elle, dépasse ce cadre.
Comme les grandes superstars africaines et mondiales, elle ne se contente pas de chanter juste ou de plaire. Elle crée l’événement avant même que la musique ne commence. Son nom est déjà une annonce. Sa voix est déjà une signature. Sa présence modifie l’écoute.
La vedette est appréciée pour ses chansons.
La superstar est attendue pour ce qu’elle représente.
Djelikaba Bintou est devenue un phénomène transversal. Elle traverse les générations, les classes sociales, les sensibilités culturelles. Elle est écoutée dans l’intimité comme commentée dans l’espace public. Elle suscite l’adhésion passionnée, parfois la critique virulente, et c’est là encore un signe : on ne débat jamais intensément de ce qui est accessoire.
A l’instar des grandes figures planétaires, elle incarne une tension féconde entre tradition et modernité. Comme Youssou N’Dour ou Burna Boy, elle porte un héritage sans le figer, elle modernise sans trahir. Elle transforme la mémoire en rythme, la culture en vibration contemporaine.
La superstar n’est pas celle qui chante le plus fort, mais celle autour de qui tout devient sonore : les discussions, les polémiques, les attentes, les silences même. Elle est une note centrale autour de laquelle les autres harmonies s’organisent.
Djelikaba Bintou est cette note-là dans la musique guinéenne.
Non pas une vedette de plus dans une longue liste de talents, mais la première étoile structurante, celle qui fait basculer une scène nationale dans une autre dimension.
La Guinée avait des voix. Elle a désormais une superstar. Et comme toute véritable étoile, elle ne demande pas la permission de briller.
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