Yaoundé (Cameroun) : A l’OMC, l’Afrique monte au front pour défendre son coton.

Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.

A Yaoundé, les pays africains se mobilisent auprès de la ministérielle de l’OMC pour défendre leur filière coton, en lançant une plateforme chargée de mobiliser les investissements nécessaires à la transformation locale de la chaîne de valeur du coton, du textile et de l’habillement.

« Le secteur du coton représente l’un des leviers les plus prometteurs de l’industrialisation en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest et du Centre », a soutenu le ministre du Commerce du Cameroun, Luc Magloire Mbarga Atangana, lors d’une réunion sur le coton organisée en amont de l’ouverture jeudi de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce.

« Actuellement, environ 98% du coton de la région est exporté sous forme de fibre brute. Le but est de changer cela », a lancé à ses côtés la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala.

Le coton fait l’objet de discussions à l’OMC depuis plus de vingt ans à la demande du groupe dit C-4 (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad). Ces pays, rejoints par la suite par la Côte d’Ivoire pour ancien le groupe C-4+, demandent depuis des années la suppression des subventions américaines, chinoises et européennes au secteur du coton, estimant qu’elles engendrent une concurrence déloyale.

« Cette demande n’a jamais été réalisée (…) Aucun pays partenaire de l’Afrique et du C-4 n’a voulu négocier simplement sur un secteur », a expliqué à l’AFP le directeur général adjoint de l’OMC Jean-Marie Paugam.

« Ces pays gardent cette demande comme une priorité mais, en attendant que cette discussion avance, ils concentrent leur énergie sur le développement de la filière du coton en favorisant l’exploitation de produits transformés. L’objectif est de monter en valeur ajoutée », at-il indiqué.

« rôle vital » :

Selon les données de l’OMC publiées en 2024, ces pays, qui sont les plus gros producteurs de coton en Afrique, génèrent plus d’un million de tonnes de coton par an, ce qui représente 50% de la production totale de l’Afrique et 4% de la production mondiale.

Le coton provenant de l’ensemble de l’Afrique devance légèrement l’Australie, se classant en 3e position selon le Comité consultatif international du coton (CCIC). L’Afrique de l’Ouest, à elle seule, occupe la 4e place.

Le Bénin, premier producteur en Afrique de l’Ouest, exporté en 2024 pour 505 millions de dollars de coton brut, se classe ainsi au 5e rang mondial des exportateurs de coton brut. Cette même année, le coton brut était le produit le plus exporté du Bénin, selon l’Observatoire de la complexité économique (OEC).

Au Burkina Faso, environ 4 des 23 millions d’habitants vivent directement ou indirectement de cette filière. Selon le ministère burkinabè du Commerce, le coton représente 4% du PIB et environ 14% des recettes d’exportations du pays.

Le coton joue ainsi un rôle vital dans les économies du C4+, mais ces pays exportent principalement du coton fibre brut car ils manquent d’installations de transformation, de sorte que les gains tirés par les femmes et les jeunes, majoritaires dans ce secteur, restent marginaux, selon l’OMC.

« Ouvert aux affaires » :

C’est dans cet esprit que le « Partenariat pour le Coton » a été dévoilé par l’OMC et la Fifa lors de la précédente ministérielle de l’OMC à Abou Dhabi en 2024, une initiative visant à soutenir la participation des pays africains à la chaîne de valeur du coton – de la production à la transformation et à l’exportation des produits confectionnés – et en particulier au marché des vêtements de sport.

Depuis, des banques multilatérales de développement et d’autres organisations ont rejoint l’initiative.

Selon l’OMC, les pays du C-4+ auraient ainsi besoin d’attirer des investissements d’une valeur de 12 milliards de dollars sur 10 ans pour libérer tout le potentiel de ce secteur. Il est estimé que, s’ils sont réalisés, ces investissements généreront environ 500.000 emplois directs, ainsi que 1,5 million d’emplois indirects dans toute la chaîne de valeur du coton.

Mercredi, ces pays ont ainsi lancé, avec l’OMC, la plateforme-forme d’investissement du Partenariat pour le coton, qui permet de présenter les possibilités d’investissement et des partenariats stratégiques pour 2026-2030.

« Le C-4 et la Côte d’Ivoire est ouvert aux affaires ici et maintenant ! Nous disposons d’une main d’œuvre jeune et dynamique (…). Grâce au partenariat pour le coton nous disposons désormais d’une feuille de route crédible, d’études de faisaibilité et d’un cadre institutionnel clair » pour les investissements, a lancé le ministre de l’Industrie et du Commerce du Mali, Moussa Alassane Diallo.

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