Conakry (Guinée) /l’État face aux forages : le paradoxe de la gouvernance de l’eau.
En Guinée, un débat s’intensifie sur la volonté de l’État de taxer les forages privés alors qu’il peine à assurer un service public d’eau potable fiable pour l’ensemble de sa population. Cette situation révèle un malaise profond dans la gestion des ressources hydrauliques et pose la question de la légitimité d’une telle fiscalité dans un contexte de défaillance structurelle.
Un service public en panne et le recours aux forages :
Le réseau de la Société des eaux de Guinée (SEG) fait face à des critiques récurrentes. À Labé, par exemple, l’eau du robinet est souvent décrite comme trouble ou rougeâtre, poussant près de trois familles sur cinq à dépendre de forages privés. Ce plan (B) est devenu un véritable système de survie communautaire face au vieillissement du réseau et à l’absence d’entretien.
Dans des quartiers comme Tata 1, Daka ou Kouroula, les ménages expriment une lassitude face à une eau qu’ils jugent impropre à la consommation, même après ébullition. Cette défiance généralisée a favorisé l’émergence d’un réseau parallèle de forages privés, souvent partagés gratuitement par solidarité entre voisins pour pallier les carences du service public.
Les enjeux de la réforme et du financement :
Le gouvernement guinéen a engagé des réformes au sein du Fonds de l’Hydraulique pour renforcer son autonomie financière et diversifier ses sources de financement. Les autorités plaident pour une transition d’un modèle dépendant du budget national vers une structure capable de mobiliser des ressources propres pour moderniser les infrastructures. C’est dans cette optique que s’inscrit la volonté de réglementation et potentiellement de taxation des forages.
Le Premier Ministre a d’ailleurs souligné que l’accès à l’eau potable est une priorité, annonçant le bouclage du financement de la première phase pour l’adduction d’eau du Grand Conakry à hauteur de 500 millions de dollars, tout en promettant une accélération des programmes villageois.
Conséquences et revendications sociales :
La prolifération non planifiée des forages inquiète les experts pour des raisons écologiques, notamment les risques de baisse des nappes phréatiques et de contaminations croisées. Cependant, pour les populations, l’accès à l’eau saine est un droit fondamental. Le manque d’eau potable reste une source majeure de tensions sociales, comme en témoignent les soulèvements enregistrés dans certaines localités du pays, où les revendications pour l’eau et l’électricité ont conduit à des affrontements.
L’opposition et certains acteurs de la société civile rappellent que la gestion de la distribution de l’eau est un domaine où les attentes sont immenses et que l’État doit rendre des comptes avant d’imposer de nouvelles charges fiscales sur des solutions de fortune trouvées par les citoyens eux-mêmes.
Perspectives et impératifs de gouvernance :
Pour répondre à cette crise, plusieurs axes sont envisagés par les acteurs locaux et nationaux :
1-La remise en état urgente du réseau de distribution de la SEG pour restaurer la confiance des usagers.
2-L’accélération des programmes d’adduction d’eau potable, notamment pour le Grand Conakry et les zones rurales.
3-Une réglementation stricte mais juste des forages privés, accompagnée d’un dialogue transparent avec les populations.
4-Le soutien aux initiatives privées et communautaires qui pallient actuellement les carences de l’État.
5-Le renforcement des contrôles de qualité pour garantir une eau exempte de contamination.
Par Réveil-Africain.Org.
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