Montréal (Canada ) : Le monde littéraire québécois « secoué » par l’affaire Thélyson Orélien.
Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.
Bien qu’ébranlé par les accusations d’utilisation de l’IA et de plagiat visant l’auteur canado-haïtien Thélyson Orélien, le monde littéraire québécois réagit avec prudence à cette déferlante venue de France.
« Le monde du livre québécois est secoué par cette situation », explique à l’AFP la présidente de l’Association nationale des éditeurs de livres, Geneviève Pigeon. Elle se dit « de tout coeur avec les Éditions du Boréal », l’éditeur de « C’était ça ou mourir », le premier roman de l’auteur de 38 ans.
La maison d’édition de Montréal a annoncé jeudi suspendre la tournée promotionnelle du roman, quelques heures après que le Salon du livre de l’Estrie, au Québec, en exclusivité Thélyson Orélien de sa programmation.
Une décision prise pour « assurer le bien-être » de l’auteur, a expliqué l’éditeur, qui a appelé à ne pas « tirer de conclusions hâtives ».
Vendredi, en France, c’est l’Académie Goncourt qui a exclu le roman, l’un des mieux vendu de la rentrée, de la course au fameux prix littéraire.
Ces témoignent des réactions du « point de bascule » que vit le monde littéraire francophone au Québec, estime Laurent Dubois, directeur général de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), organisme phare de la défense des écrivains de la province.
S’il se garde de commenter les allégations visant Thélyson Orélien, M. Dubois trouve « injuste que le poids de la preuve (de son innocence, ndlr) revienne à l’artiste ».
– « Un avant et un après »
A Montréal, les bibliothèques francophones affichaient encore vendredi en tête de gondole le roman retraçant le parcours d’un migrant haïtien vers le Québec.
« C’est difficile de se positionner car tous les jours il y a un événement qui change la donne », dit à l’AFP Mike C. Vienneau, un bibliothécaire de la ville.
« Il va y avoir un avant et un après » mais « face à la situation, je pense que nous sommes ici plus en retenue (qu’en France) » où sévit « une forme d’accusation un peu radicale », souligne le libraire, qui a néanmoins vu plusieurs de ses clients annuler leur commande du livre au cours des derniers jours.
Même son de cloche au sein du plus grand réseau de bibliothèques francophones en Amérique du Nord, Renaud-Bray, qui entend bien conserver « C’était ça ou mourir » en rayon.
« C’était une très belle réussite en vente en librairie », précise Floriane Claveau, directrice des communications du groupe.
« On choisit de garder le livre (…) car son sujet est plus humanisant que le débat qui entoure sa production », déclare pour sa part Mylène Abboud, membre fondatrice d’une librairie indépendante du centre-ville.
Dans les rayons, des lecteurs expriment leur déception après les allégations visant la nouvelle coqueluche locale.
« On va de la compréhension à la colère, la peine », exprime la cliente d’une librairie montréalaise, Valérie Boucher, qui a renoncé à se procurer l’ouvrage après une « accumulation de questionnements ».
Après le choc de l’affaire, la première liée à l’intelligence artificielle à secouer le monde littéraire francophone, pour cent maintenant les interrogations sur le recours à l’IA.
« Les artistes de la littérature et éditeurs doivent baliser ensemble les bonnes pratiques » afin de « contrer l’emploi (de l’IA) à des fins contreproductives et illégales », estime Pierre-Yves Villeneuve, président de l’Union des écrivains québécois (UNEQ).
Il plaide pour que « la création humaine » reste « au cœur de l’expérience littéraire ».
A ce stade, la province canadienne francophone, invitée d’honneur cette semaine de la Foire du livre de Göteborg en Suède, n’a pas établi de cadre clair face à cette technologie en plein essor.
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