Abidjan (Côte d’Ivoire) : un an après la présidentielle, l’opposition sous pression de la justice.

Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.

Plusieurs cadres des deux principaux partis d’opposition de Côte d’Ivoire ont récemment été inculpés voire écroués, un tour de vis judiciaire qui pose la question de la réduction de l’espace démocratique dans le pays, un après la présidentielle de 2025.

Le examen avait été largement remporté au premier tour par le président sortant Alassane Ouattara, face à des adversaires de faible envergure, ses principaux rivaux ayant été écartés par la justice.

La campagne s’était globalement déroulée dans le calme, comparée aux crises politiques connues de la Côte d’Ivoire dans le passé, mais onze personnes dont un gendarme sont mortes en marge de manifestations et un projet d’attentat contre un complexe pétro-gazier près d’Abidjan avait échoué, selon les autorités.

Un an plus tard, après un retour au calme et des législatives sans heurts en décembre, les convocations d’opposants à la cellule antiterroriste d’Abidjan se sont accélérées.

D’abord, avec Justin Koné Katinan, un des bras droits de l’ex-président Laurent Gbagbo, au Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) qui a été inculpé et écroué début septembre, notamment pour « actes terroristes » et « assassinat ».

Il rejoint un autre haut responsable du parti, Damana Pickass, incarcéré lui depuis novembre pour des faits similaires.

Et depuis la semaine dernière, ce sont une dizaine de cadres du PPA-CI ou du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) qui ont été entendus par la justice, la plupart inculpés et laissés libres sous contrôle judiciaire.

Au PPA-CI on déplore que tous ses cadres soient désormais « des prisonniers ambulants en sursis », tandis qu’au PDCI on dit « refuser que la crise électorale d’octobre 2025 devienne le prétexte permanent à la mise sous pression et la répression de l’opposition ».

Du côté du pouvoir on répond que la justice est indépendante, qu’elle a son propre calendrier et qu’elle ne poursuit des individus que pour des faits établis.

Rappelant les incidents de la présidentielle, Amadou Coulibaly, le porte-parole du gouvernement a laissé entendre que la justice s’en prenait désormais aux commanditaires.

« Il ya eu des individus qui ont été pris, mais c’était des petites mains. Il ya eu des gens qui les ont incités », a-t-il affirmé début octobre.

Pourquoi maintenant ?

Une question se pose cependant : pourquoi maintenant, au moment où l’opposition ivoirienne est peu offensive, très affaiblie et fragmentée ?

« Le procureur avait dit que toutes les engagements conclus dans le cadre des événements (d’octobre 2025). Il est logique pour le système judiciaire de ne plus trop tarder », pointe le politologue, Jean François Régis Adoupo qui ajoute que les arrestations « peuvent aussi avoir un effet intimidant ».

« L’affaiblissement de l’opposition a commencé avant ces procédures. Ce n’est pas la faute du pouvoir, mais de leurs propres turpitudes », assure un cadre du parti au pouvoir.

« A chaque élection c’est un scénario de violences qui se répète de façon cyclique, avec des acteurs politiques qui s’en sortent avec une certaine impunité. N’est-il pas temps de mettre fin à cela ? » ajoute t-il à l’AFP.

« Cette situation n’est pas spécifique à la Côte d’Ivoire. Il y a une consécration des autoritarismes dans le monde », souligne de son côté un politologue de la région qui souhaite garder l’anonymat.

« Partout en Afrique, que ce soit des régimes civils ou militaires, la réduction de la liberté d’expression est devenue un mantra. Elle ne s’énonce pas directement comme telle, mais les pratiques ramènent à cela. C’est fini les histoires de démocratie ! » poursuites-il.

Il pointe également le fait que les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire sont plus prompts à saluer les réussites économiques du pays qu’à évoquer les fragilités politiques.

Le prochain scrutin en Côte d’Ivoire – des élections locales – est prévu pour 2028 et la présidentielle pour octobre 2030.

Le chantier de la reconstruction de l’opposition reste immense : le chef du PDCI Tidjane Thiam est hors du pays depuis 18 mois par crainte d’être arrêté et celui du PPA-CI Laurent Gbagbo n’a, à 81 ans, plus le dynamisme de l’époque où il était président (2000-2011).

La question de la succession du président Alassane Ouattara, constitutionnellement obligé de passer la main à l’issue de son quatrième mandat, semble en revanche s’éclaircir.

Son frère, Tene Birahima Ouattara, ministre de la Défense a été promu vice-premier ministre et son ascension progressive laisse peu de doute quant au fait qu’il a été choisi pour succéder au chef de l’État le moment venu, selon de nombreux observateurs.

Partagez

Laisser un commentaire

Rattrapez les dernières actus