Labé (Guinée-Conakry) : DÉCLARATION RELATIVE À L’INTERPELLATION ET À LA DÉTENTION D’UN ENSEIGNANT CONTRACTUEL À LABÉ.
RÉPUBLIQUE DE GUINÉE
ORGANISATION GUINÉENNE DE DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME (OGDH)
Section Régionale de l’OGDH de Labé
DÉCLARATION RELATIVE À L’INTERPELLATION ET À LA DÉTENTION D’UN ENSEIGNANT CONTRACTUEL À LABÉ
La Section réfectorale de Labé de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) exprime sa vive préoccupation à la suite de l’interpellation et de la détention d’un enseignant contractuel à la Brigade de recherches de la gendarmerie de Labé, après la diffusion de deux interviews dans lesquelles il a dénoncé les conditions difficiles d’apprentissage de 40 élèves du district de Donta, dans la commune rurale de Diari, préfecture de Labé.
Selon les informations portées à la connaissance de notre organisation, cet enseignant avait accordé une première interview au média Nylainfo.com à l’occasion de la clôture de l’année scolaire précédente. Il y avait attiré l’attention de l’opinion publique sur la situation de 40 élèves répartis en trois groupes pédagogiques dans une seule salle de classe, sans disposer de tenues scolaires ni de fournitures scolaires adéquates.
Cet appel a suscité un élan de solidarité auprès d’un opérateur économique établi à Dalaba, qui a mobilisé des ressources pour offrir des tenues et des fournitures scolaires aux enfants concernés. Une cérémonie de remise de ces dons aurait été organisée à la rentrée scolaire.
À cette occasion, l’enseignant aurait exprimé sa reconnaissance au donateur tout en plaidant pour le recrutement d’un autre enseignant disposant d’une formation pédagogique adaptée, afin d’améliorer les conditions d’encadrement des élèves.
La Section préfectorale de Labé de l’OGDH déplore que cette démarche, qui aurait dû ouvrir la voie à un dialogue constructif autour des difficultés du système éducatif local, soit suivie d’une situation ayant conduit à l’interpellation et à la détention de cet enseignant.
Plus préoccupant encore, des informations reçues par notre organisation font état de demandes qui lui auraient été adressées pour réaliser une nouvelle vidéo afin de revenir sur ses précédentes déclarations. Si ces faits sont avérés, ils soulèvent de sérieuses interrogations quant au respect de sa liberté d’expression et à l’exercice de ses droits fondamentaux.
À cet égard, la Section régionale de l’OGDH de Labé rappelle que :
• La liberté d’expression constitue un droit fondamental qui doit être respecté et protégé ;
• Les enseignants doivent pouvoir signaler les difficultés rencontrées dans l’exercice de leurs fonctions, notamment lorsqu’elles affectent les conditions d’apprentissage des enfants ;
• Toute personne interpellée ou détenue doit bénéficier des garanties prévues par la législation en vigueur, notamment le respect de sa dignité, de ses droits de la défense et de la présomption d’innocence ;
• Les difficultés et insuffisances constatées dans le fonctionnement du système éducatif doivent faire l’objet de solutions administratives et pédagogiques, plutôt que de mesures susceptibles d’intimider ceux qui les portent à la connaissance de l’opinion publique.
Face à cette situation, la Section préfectorale de Labé de l’OGDH :
1. Demande aux autorités compétentes de clarifier sans délai les motifs et les fondements juridiques de l’interpellation et de la détention de cet enseignant ;
2. Invite les services de gendarmerie à garantir le respect de ses droits fondamentaux et à s’abstenir de toute pression ou contrainte visant à lui imposer une rétractation de ses déclarations ;
3. Demande que l’intéressé puisse bénéficier de l’assistance d’un avocat et exercer pleinement ses droits conformément aux dispositions légales en vigueur ;
4. Appelle les autorités judiciaires à veiller à ce que toute procédure engagée à son encontre respecte strictement les garanties d’un procès équitable ;
5. Invite les autorités éducatives et administratives de Diari et de Labé à privilégier le dialogue et à examiner sérieusement les difficultés signalées à Donta, dans l’intérêt supérieur des 40 élèves concernés ;
6. Réaffirme sa disponibilité à apporter son assistance et son accompagnement à cet enseignant, dans le respect de son mandat de promotion et de protection des droits humains.
La Section préfectorale de Labé de l’OGDH tient à rappeler que dénoncer des conditions d’apprentissage difficiles ne saurait, à lui seul, constituer un motif de privation de liberté. Lorsqu’un enseignant attire l’attention sur les difficultés auxquelles sont confrontés ses élèves, la réponse des autorités devrait prioritairement être la recherche de solutions.
La protection des droits des enseignants et la garantie d’une éducation de qualité pour les enfants sont deux exigences complémentaires d’une société démocratique et respectueuse des droits humains.
L’OGDH restera attentive à l’évolution de cette situation et invite toutes les parties concernées à privilégier la responsabilité, le dialogue et le respect de la légalité.
Fait à Labé, le 3 novembre 2026.
Pour la Section Régionale de l’OGDH de Labé
Le Président
Idrissa Sampiring Diallo
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