Conakry (Guinée ) : Simandou 2040 ou le triomphe du dérisoire sur l’essentiel (Par Chérif Sampiring DIALLO, Journaliste).
Il est des pays où l’on débat de croissance, d’énergie et d’innovation. Et il en est d’autres où l’on se passionne pour les lapsus. La Guinée, hélas, appartient trop souvent à la seconde catégorie. Chez nous, le mot qui trébuche fait tomber la réflexion, et le détail qui divertit supplante l’enjeu qui engage.
Le lancement du méga-projet Simandou 2040, l’un des plus ambitieux de l’histoire contemporaine du pays, aurait dû être un moment de rassemblement national, une célébration de la vision et du courage politique. Mais c’était sans compter sur un malheureux glissement de langue dans le discours de Djiba Diakité, premier responsable du projet. Un lapsus, rien de plus. Et pourtant, il n’en fallait pas davantage pour que la toile s’enflamme, que les rires remplacent les analyses, et que l’essentiel soit balayé par le futile.

Depuis, la Guinée s’est transformée en tribunal du verbe. Les uns doutent des compétences du responsable, d’autres ironisent sur son éloquence, oubliant que ce même homme dirige un chantier d’une portée historique. Pendant qu’on se distrait de la forme, le fond, lui, continue sa route, silencieux, laborieux, déterminé.
Simandou 2040, pourtant, n’est pas un simple programme. C’est une vision à long terme : celle d’une Guinée qui transforme enfin son potentiel en puissance, ses ressources en valeur, son minerai en moteur de développement. Derrière les discours, il y a des ingénieurs, des ouvriers, des chercheurs, des partenaires, des années de planification, et surtout, une ambition nationale que trop peu défendent.
Alors, faut-il vraiment juger un rêve sur une syllabe ? N’avons-nous pas, au contraire, le devoir d’accompagner ce projet avec rigueur, discernement et espoir ? Les lapsus n’ont jamais freiné le progrès, mais les distractions, elles, l’ont souvent enterré.
Le véritable scandale n’est pas dans le mot manqué, mais dans cette légèreté collective qui nous pousse à tourner en dérision tout ce qui demande sérieux et constance. A ce rythme, un éternuement mal interprété pourrait retarder tout un chantier.
Simandou 2040 est plus qu’un projet minier : c’est un pari sur l’avenir, un symbole de souveraineté et de responsabilité. Il appelle à l’unité, à la concentration, à la maturité. Car les nations ne se construisent ni sur les moqueries, ni sur les tweets, mais sur la volonté et la patience.
Et si, finalement, le seul véritable lapsus n’était pas celui de Djiba Diakité, mais celui d’un peuple distrait, prompt à confondre le bruit avec le progrès ?
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