Conakry (Guinée) : Dr. Mohamed Bérété apporte des clarifications sur la mission, l’autonomie et l’approche nationale en matière de lutte contre la corruption.
Ce jeudi 19 février 2026, la capitale guinéenne fut le siège d’une conférence de presse d’une importance majeure, tenue par Dr. Mohamed Bérété, Secrétaire Exécutif de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG). Devant une assemblée de journalistes, Dr. Bérété s’est attaché à élucider en détail les contours de cette institution stratégique, ses prérogatives, sa méthodologie d’intervention, l’état d’avancement des dossiers, et à aborder la question délicate de son indépendance, compte tenu de son rattachement à la plus haute autorité de l’État.

I. Mission, Positionnement Institutionnel et Axes Stratégiques
L’ANLC-PBG n’est pas une institution comme les autres ; elle est un pilier dans la refondation éthique de l’État, positionnée directement sous l’autorité du président de la République, chef de l’État. Ce positionnement, loin d’être un facteur d’entrave, est présenté comme un gage de l’engagement politique au plus haut niveau.
Sa mission fondamentale est claire et non négociable : appliquer la politique nationale en matière de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance, une feuille de route élaborée et impulsée par le Chef de l’État lui-même. Cette politique nationale se déploie à travers une approche holistique, structurée autour de trois axes stratégiques indissociables :
1-La Prévention : Le cœur de l’action proactive. Il s’agit d’ériger des barrières solides contre la corruption en identifiant, analysant et neutralisant les facteurs de risque systémiques au sein des administrations et des secteurs privés.
2-La Détection : Le renseignement et l’investigation. Cette phase implique l’utilisation de tous les outils légaux d’investigation pour mettre au jour les faits de corruption, qu’ils soient de « petite » ou de « grande » envergure.
3-La Répression : Le rôle de l’Agence est de préparer et de transmettre des dossiers fondés et irréfutables aux instances judiciaires compétentes, principalement la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), pour l’engagement des poursuites.
II. Les Mécanismes d’Action : Autosaisine et Protection des Citoyens
Pour garantir son efficacité dans la détection, l’ANLC-PBG est dotée d’un pouvoir d’autosaisine fondamental. Ce mécanisme lui permet d’initier des enquêtes de sa propre initiative dès lors que des soupçons réels et sérieux émergent concernant des actes de corruption ou des pratiques assimilées. L’Agence est ainsi habilitée à interpeller et à exiger des éclaircissements des entités ou individus concernés.
Parallèlement, Dr. Bérété a réitéré l’appel vibrant à la participation citoyenne, soulignant que la lutte contre ce fléau est l’affaire de tous. Un point essentiel a été mis sur la garantie de l’anonymat et la protection des dénonciateurs.
« Vous n’êtes pas assujetti à décliner forcément votre identité. Même si vous nous dites votre nom, nous avons l’obligation, à travers le service naturellement créé à cet effet, le service alerte, d’assurer toutes les conditions de votre protection afin que personne ne sache que c’est vous qui avez communiqué l’information à l’agence que nous sommes, » a-t-il affirmé, garantissant ainsi un cadre sécurisé pour le signalement des faits.
III. État d’Avancement des Dossiers de Répression
Concernant l’axe de la répression, le Secrétaire Exécutif a fourni un bilan d’étape. Plusieurs affaires ont d’ores et déjà été déférées devant la CRIEF, où elles sont en cours d’examen. Cependant, d’autres dossiers cruciaux sont toujours en cours d’instruction au sein des services de l’ANLC-PBG.
La procédure d’examen est caractérisée par une rigueur extrême et un secret absolu, comme l’exige l’instruction judiciaire : « Lorsqu’une affaire est en instruction, comme vous le savez, naturellement, c’est le secret total qui doit l’encadrer jusqu’à ce que nous ayons toutes les données la concernant, avant de faire nos conclusions à leur sujet. »
L’examen minutieux est confié à la Direction des Affaires Juridiques et Financières, structurée en deux divisions spécialisées : la division des investigations financières et la division des investigations judiciaires. Dr. Bérété a révélé qu’une dizaine de dossiers se trouvent actuellement en phase avancée d’examen. Il a insisté sur la nécessité d’une minutie et d’un méticule extrêmes, dans le strict respect des droits fondamentaux : « Il faut recouper les faits, les données, les déclarations, accepter le contradictoire, respecter vraiment le principe de bonne foi, respecter le principe de la présomption d’innocence (…) Donc on ne se précipite pas, mais nous allons sûrement et nettement. »
IV. L’Indépendance de l’Agence : Une Clarification Nette
La question de l’indépendance réelle de l’ANLC-PBG, étant donné son lien organique avec la Présidence, a été au centre des échanges. Dr. Bérété a apporté une clarification catégorique, citant les instructions fermes du Chef de l’État :
« Le président de la République a été suffisamment clair, il ne couvrira personne. Il nous l’a dit, on ne doit vraiment pas protéger quelqu’un, qu’il soit proche de lui, qu’il ne soit pas proche de lui. Quiconque sera impliqué dans un fait de corruption devra répondre à la convocation qui lui est adressée et venir répondre aux questions, » a-t-il déclaré avec force.
Il a défendu le rattachement à la Présidence comme une pratique internationale visant à donner à l’Agence la force nécessaire pour agir sans entrave, le Président étant le garant du fonctionnement régulier de l’État. L’engagement présidentiel est une instruction formelle : « il ne protégera personne, qu’il ne défendra personne qui serait impliqué dans une sorte de corruption ou de détournement de l’économie publique. »
V. Distinction des Compétences et Priorité à la Prévention
Le Secrétaire Exécutif a également précisé l’articulation des compétences judiciaires :
1-La « petite corruption » (infractions mineures) est traitée par les juridictions ordinaires (tribunaux).
2-La « grande corruption » (infractions portant sur des montants importants ou impliquant des personnalités de haut rang) est de la compétence exclusive de la CRIEF.
Au-delà de la répression, l’ANLC-PBG met désormais l’accent sur la prévention et la sensibilisation. Dr. Bérété a souligné l’aspect pédagogique de leur mission, visant à réduire les actes de corruption par simple méconnaissance des conséquences : « Nous privilégions aujourd’hui davantage la sensibilisation, l’information et la répression, parce que c’est bien de réprimer, mais parfois, certains y sont simplement parce qu’ils ne connaissent pas trop ce que ça implique comme conséquences néfastes pour le développement économique. »
VI. Appel à la Mobilisation Générale et Soutien aux Partenaires
En conclusion, Dr. Mohamed Bérété a lancé un appel à une mobilisation générale, affirmant que la lutte contre la corruption « concerne tout le monde » : citoyens, secteur privé, forces de l’ordre, et institutions. L’éradication de ce fléau est la clé pour réorienter les ressources détournées vers l’amélioration concrète du niveau de vie des populations, y compris les plus démunies.
Enfin, il a sollicité l’appui des partenaires techniques et financiers. Cet accompagnement est requis non pas pour l’instruction des dossiers, mais spécifiquement pour soutenir les campagnes de sensibilisation et d’information. Ces campagnes sont vitales et exigent des moyens considérables pour atteindre toutes les structures et les populations jusqu’à l’intérieur du pays, dans les coins les plus reculés.
N’Famoussa Siby, avec Réveil-Africain.Org.
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