Kinshasa (RDC) : A Kinshasa, le changement de constitution débattu dans la rue.
Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.
« Nous, Congolais, nous voulons récupérer notre pays à travers le changement de la constitution »: à Kinshasa, l’idée contestée d’une réforme constitutionnelle permettant un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi refait surface dans la rue lors de « parlements debout », des débats souvent aiguisés par le parti au pouvoir.
Au petit matin, rassemblés sur une artère de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), plusieurs dizaines de passants et partisans du parti présidentiel, l’UDPS, scandent devant des boutiques encore fermées : « UDPS, Viva !
« Il faut soutenir les projets de Félix Tshisekedi, qui est notre solution », lance au mégaphone un homme arborant une écharpe aux couleurs du mouvement présidentiel (jaune, bleu et blanc) à un auditoire semblant déjà acquis.
Les rassemblements politiques populaires dont les rendez-vous se fixent par la bouche-à-oreille, ces débats à ciel ouvert sont aujourd’hui, selon des observateurs, des instruments utilisés pour tester et vulgariser certaines idées émanant du pouvoir.
Ces rendez-vous informels étaient pourtant à l’origine un moyen, sous l’ère du dictateur Mobutu Sese Seko (1965-1997), de contester l’autoritarisme du régime : les « parlements debout » ont été lancés dans les années 1970 par le père de l’actuel chef d’État, Étienne Tshisekedi (1932-2017), à l’époque président de l’UDPS alors que le parti était dans l’opposition et interdit dans le vaste pays d’Afrique centrale. Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi, 62 ans, arrivera au terme de son deuxième mandat de cinq ans en 2028. La constitution congolaise place la limite à deux mandats présidentiels.
Mais à peine réélu en 2023, M. Tshisekedi avait commencé à évoquer l’idée d’une révision constitutionnelle. En 2024, devant une foule réunie à Kisangani (nord-est), il avait condamné, sans détailler, une constitution concentrée « des faiblesses » et qui n’est « pas adaptée aux réalités du pays ». Quelques mois plus tard, il appelait devant le parlement à « une réflexion nationale sur une réforme constitutionnelle » et annonçait la création d’une « commission nationale » ad hoc, tout en niant viser un troisième mandat.
« Les +parlements debout+ sont des leviers essentiels du parti au pouvoir pour mobiliser l’opinion sur le changement de la constitution et s’arroger un soutien populaire », estime Ithiel Batumike, analyste politique au centre de recherches Ebuteli.
Interrogé par l’AFP, un cadre de l’UDPS ayant requis l’anonymat assure qu' »aucune consigne n’est donnée aux +parlements debout+ », les qualifiant toutefois de « structures informelles du parti ».
« Coup d’État constitutionnel » :
L’opposition, affaiblie par des défaites électorales successives, accuse depuis 2024 Félix Tshisekedi de manœuvres pour rester au pouvoir, estimant que toute tentative de modifier la constitution équivaudrait à un « coup d’État constitutionnel ». Certains opposants ont promis des « manifestations citoyennes à travers tout le pays » si un tel projet était mis en œuvre. En 2015, une tentative de réviser la loi électorale, qui aurait pu permettre à l’ex-président Joseph Kabila (2001-2019) de se maintenir au-delà de deux mandats, avait provoqué des manifestations qui avaient tourné en émeutes et pillages, faisant des dizaines de morts.
Cette fois, c’est la guerre dans l’est, marquée début 2025 par la prise des grandes villes de Goma et Bukavu par le groupe armé antigouvernemental M23 soutenu par le Rwanda, qui a mis en pause forcée toute velléité de M. Tshisekedi de changer la constitution.
Mais depuis quelques semaines, dans un contexte de relative accalmie du conflit, l’idée renaît et la rue semble servir de ballon d’essai.
« La constitution actuelle a été rédigée par des étrangers », harangue sous les applaudissements Jean-Claude Mwamba, 45 ans, coordinateur de la cinququantaine de « parlements debout » actifs dans la capitale congolaise.
« Cette constitution est un acte de vente au Rwanda », renchérit Abdel Mutombo, employé dans une entreprise publique, qui dit assister tous les matins à ces rassemblements avant de partir au travail.
L’actuelle constitution congolaise, adoptée en 2006 sous Joseph Kabila, est souvent taxée dans le pays d’avoir été « écrite par des étrangers » sans qu’aucune disposition inscrite dans le texte n’étaye cette thèse, principalement nourrie par le fait que des conseillers et des juristes internationaux ont fourni un appui technique lors de sa rédaction.
L’argument est aujourd’hui devenu un instrument politique pour galvaniser la population autour de l’idée que le texte actuel doit être modifié ou qu’une nouvelle constitution doit être adoptée.
En RDC, toute modification constitutionnelle doit être approuvée par référendum sur convocation du président, sauf si le projet est approuvé à la majorité des trois cinquièmes par le parlement. L’Union sacrée, alliance de partis rassemblés dans la majorité présidentielle, y détient une majorité écrasante.
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