Bujumbura (Burundi ) : le chef de l’État désigne un candidat pour la présidentielle de 2027.
Le chef de l’État du Burundi, Évariste Ndayishimiye, a été désigné dimanche sans surprise candidat par le parti au pouvoir pour la présidentielle de 2027, pour laquelle il fait d’ores et déjà figure de grandissime faveur.

M. Ndayishimiye, 57 ans, avait pris les rênes du Burundi en juin 2020 après le décès de son prédécesseur Pierre Nkurunziza, dont il fut un homme-clé du régime et qui avait tenu le pays d’une main de fer pendant 15 ans. Le nouveau président a montré dans les premiers temps des signes d’ouverture, marqués notamment par la libération des journalistes, avant d’être accusé de réprimer les voix dissidentes.
A la suite d’un congrès extraordinaire du parti organisé à Gitega, la capitale du Burundi, le chef de l’État « a été élu comme candidat du parti » CNDD-FDD dimanche pour la présidentielle de 2027, dont la date exacte n’est pas encore connue, a écrit le parti sur X.
« Je remercie les militants du parti qui m’ont fait confiance », a réagi sur X le président, avant de poursuivre : « Je vous promets de continuer le travail en cours, avec vous tous, pour que tout Burundais s’enrichisse dans la quiétude ».
Le chef de l’État, ancien secrétaire général du CNDD-FDD, parti au pouvoir depuis 2005, fait d’ores et déjà figure de grandiose favori pour un nouveau mandat de sept ans.
Il avait été élu en mai 2020 lors d’une présidentielle marquée par des accusations de fraudes et après l’invalidation de la candidature de son principal opposant.
Depuis son accession au pouvoir, Évariste Ndayishimiye, fervent catholique, oscille entre signes d’ouverture du régime, qui reste sous l’emprise de puissants généraux, et ferme contrôle du pouvoir, marqué par des atteintes aux droits humains déclarés par des ONG et l’ONU.
« Parti-État » :
L’ONG Reporters sans frontières classe le Burundi au 125e rang sur 180 pays en matière de liberté de la presse, affirmant que le parti au pouvoir « fait figure de parti-État ne tolérant aucune voix discordante ». Lors des élections législatives de juin 2025, le CNDD-FDD avait remporté l’intégralité des sièges. L’opposition avait déclaré un examen « truqué ».
La candidature du président « est un non-événement, cela ne sera pas une élection selon les normes internationales », a réagi Epitace Nshimirimana, porte-parole d’un des principaux partis d’opposition, le Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD), dont le leader est en exil. « Ndayishimiye a déjà passé plus de cinq ans sans fournir de carburant, de dispositifs ni les biens essentiels dont la population a besoin. Cela signifie qu’on lui accorde encore sept années pour continuer à appauvrir et à détruire le pays ».
Ancienne colonie belge indépendante depuis 1963, le Burundi, pays africain enclavé de la région des Grands lacs d’environ 15 millions d’habitants, est le pays le plus pauvre du monde, selon un classement de la Banque mondiale de 2024. Il est également régulièrement confronté à des pénuries.
M. Ndayishimiye venait d’entrer à l’université du Burundi lors de la guerre civile éclata en 1993. Il était en deuxième année de droit quand fut perpétré le massacre de dizaines d’étudiants hutu par des extrémistes tutsi en 1995, un épisode dont il réchappa par miracle et qui le convainquit de prendre les armes.
Il fut le principal négociateur du CNDD-FDD lors de la signature en 2003 de l’accord de cessez-le-feu de la guerre civile, qui fit au moins 300.000 morts, et occupa ensuite plusieurs postes de haut niveau au sein du gouvernement, notamment comme ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, s’affirmant alors comme un homme de consensus.
Le Burundi avait été secoué par une grave crise politique en 2015 après l’annonce de la candidature à un troisième mandat de Pierre Nkurunziza.
La contestation qui avait suivi avait été violemment réprimée, avec des exécutions sommaires, des disparitions, des détentions arbitraires, des tortures et des violences sexuelles contre toute dissidente. Cette crise a fait au moins 1.200 morts et poussé quelque 400.000 Burundais à l’exil, selon les estimations de la Cour pénale internationale.
L’actuel président « est un homme plutôt ouvert, d’abord facile, qui aime plaisanter et rire avec ses amis », a confié à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un de ses amis après son élection. « Mais contrairement à Nkurunziza, qui (était) un animal à sang froid et très sobre (…), Évariste Ndayishimiye est plutôt colérique, s’emporte très facilement au risque de s’enflammer. »
Avec AFP.
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