Niamey (Niger ) : L’Agence de promotion de l’actionnariat populaire, un nouveau pilier pour financer l’économie réelle.

Le gouvernement du Niger a posé un acte majeur en faveur de l’inclusion financière et du financement de son tissu économique en adoptant un décret portant création de l’Agence de promotion de l’actionnariat populaire pour l’entrepreneuriat communautaire (Apapec-Niger). Cette nouvelle structure traduit une volonté politique forte de rompre avec les modèles de financement traditionnels, souvent jugés insuffisants et peu inclusifs, en misant sur le potentiel d’épargne et d’investissement des citoyens nigériens.

Une architecture institutionnelle dédiée à la mobilisation de l’épargne nationale

L’Apapec-Niger est conçue comme un instrument stratégique visant à canaliser les ressources financières nationales vers les secteurs productifs. Sa mission principale, telle que définie par le Conseil des ministres, s’articule autour de trois axes fondamentaux :

1-La collecte active de l’épargne publique : L’Agence a pour vocation de mobiliser l’épargne des ménages, des professionnels et des communautés, y compris celle qui échappe encore au circuit bancaire formel.

2-L’orientation des ressources vers des investissements productifs : L’Apapec-Niger ne se limite pas à la collecte ; elle est chargée d’identifier et de financer des projets à fort potentiel de création de valeur et d’emplois.

3-Le soutien à l’entrepreneuriat communautaire : L’accent est mis sur le financement de projets portés par des groupements, des coopératives ou des initiatives locales, favorisant ainsi une appropriation citoyenne de l’économie.

Cette approche vise à transformer les citoyens nigériens en véritables acteurs et actionnaires de leur économie, renforçant la base d’investisseurs nationaux et assurant une meilleure répartition des richesses générées.Un ciblage stratégique pour la transformation structurelle

Afin de maximiser son impact sur le développement, l’Apapec-Niger concentrera ses efforts de financement sur des secteurs jugés prioritaires et stratégiques pour la diversification et la transformation de l’économie nigérienne :

L’agriculture et l’élevage : Soutenir la modernisation et l’intensification de ces secteurs, socle de la sécurité alimentaire et de l’emploi en milieu rural.

L’agro-industrie : Financer la transformation locale des produits agricoles et d’élevage, afin d’augmenter la valeur ajoutée et de réduire la dépendance aux importations.

Les mines : Permettre aux citoyens de prendre des participations dans l’exploitation des ressources naturelles, historiquement dominée par des capitaux étrangers.

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) : Encourager l’innovation et le développement de l’économie numérique, considérée comme un moteur de croissance futur.

En ciblant ces domaines, l’Agence ambitionne de soutenir une croissance plus endogène et résiliente, ancrée dans les réalités et les besoins du pays.Une démarche inspirée par le succès régional

Le Niger n’est pas isolé dans cette démarche. Le modèle de l’Apapec-Niger s’inspire directement de l’expérience réussie du Burkina Faso, qui a mis en place, dès 2023, l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC). L’APEC burkinabè a déjà démontré sa capacité à mobiliser des ressources significatives pour financer des projets concrets, notamment :

Des unités de transformation agroalimentaire qui ont permis de créer des emplois et de valoriser la production locale.

Des prises de participation dans le secteur minier, offrant aux citoyens un droit de regard et un retour sur l’exploitation des richesses du sous-sol.

Ce partage d’expérience régionale valide la pertinence du concept d’actionnariat populaire comme levier de développement.Répondre aux limites d’un système financier sous tension

La création de l’Apapec-Niger s’inscrit dans un contexte économique national marqué par des contraintes financières significatives qui freinent le développement du secteur privé.Un accès au crédit historiquement faible

Le financement bancaire reste un goulot d’étranglement majeur. Le crédit au secteur privé stagne autour de 11 % du Produit Intérieur Brut (PIB), un niveau considéré comme très faible par rapport aux moyennes régionales et internationales. Cette insuffisance affecte particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME), qui constituent pourtant l’essentiel du tissu économique et le principal bassin d’emplois.Fragilités du système bancaire

Le système bancaire nigérien, qui concentre près de 95 % du système financier formel, fait face à des défis d’inclusion. La faible bancarisation de la population et les difficultés structurelles limitent sa capacité à irriguer l’économie. Ces difficultés ont été aggravées ces dernières années par :

Les arriérés de paiement de l’État, qui ont pesé sur la trésorerie des entreprises et, par ricochet, sur la liquidité du système bancaire.

Les perturbations commerciales et la fermeture prolongée de certaines frontières, impactant la confiance des déposants et la rentabilité des activités économiques.

Un mécanisme alternatif pour une nouvelle ère de financement

Face à ces défis, l’Apapec-Niger se positionne comme une alternative crédible et nécessaire pour injecter des capitaux frais dans l’économie réelle. L’ambition de ce modèle d’actionnariat populaire est double :

1-Élargir la base des investisseurs nationaux : Permettre à une plus grande frange de la population de devenir propriétaire d’actifs productifs.

2-Canaliser l’épargne informelle : Attirer l’épargne domestique qui ne transite pas par les banques vers des projets structurants pour le pays.

En offrant une source de financement stable et moins volatile que le crédit bancaire ou les budgets publics contraints, l’actionnariat populaire est appelé à devenir un levier essentiel pour soutenir la croissance économique, l’innovation et l’entrepreneuriat local au Niger.

Avec Finances AO

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