Comment New World TV construit une alternative à Canal+ grâce aux télécoms africains (Par Facely Konaté).
Le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, ne marque pas seulement le début de la plus grande compétition sportive de la planète. En Afrique, il pourrait aussi symboliser l’entrée dans une nouvelle ère pour l’économie des droits sportifs.
Pendant près de trois décennies, la diffusion des grandes compétitions internationales a reposé sur un modèle largement dominé par Canal+ en Afrique francophone. Pour suivre une Coupe du monde, une Ligue des champions ou une Coupe d’Afrique des nations, le passage par le satellite et les bouquets payants s’imposait presque naturellement.
Ce modèle n’a pas disparu. Mais il est désormais confronté à une nouvelle réalité : la montée en puissance des opérateurs télécoms, des plateformes numériques et des services financiers mobiles.
L’accord conclu entre Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA) et New World TV autour de la diffusion de la Coupe du monde 2026 via la super-application Max it illustre parfaitement cette transformation.
Au-delà de l’annonce commerciale, c’est toute l’économie de la distribution des contenus sportifs qui est en train d’évoluer.

New World TV a compris que les droits ne suffisent plus
Depuis plusieurs années, New World TV s’est imposée comme l’un des acteurs les plus offensifs du marché africain des droits sportifs.
Le groupe basé à Lomé a réussi à s’emparer de plusieurs compétitions majeures, parmi lesquelles la Coupe du monde FIFA 2026, l’UEFA Champions League, l’UEFA Europa League, l’UEFA Conference League ou encore la Liga espagnole.
Mais dans l’industrie des médias sportifs, obtenir les droits n’est qu’une partie du travail. L’autre défi consiste à acheminer ces contenus jusqu’aux téléspectateurs. C’est précisément sur ce terrain que New World TV a choisi d’innover.
Plutôt que de reproduire le modèle historique fondé principalement sur les décodeurs et les abonnements satellitaires, le groupe togolais construit progressivement un vaste réseau de distribution reposant sur les opérateurs télécoms et les plateformes numériques.
L’affiche officielle de ses partenaires de diffusion pour la Coupe du monde 2026 est révélatrice. Aux côtés d’Orange et de sa plateforme Max it figurent également MTN TV, Moov TV, SatCon, ainsi que plusieurs autres distributeurs locaux.
Autrement dit, New World TV ne cherche pas seulement à concurrencer Canal+ sur les droits. Le groupe cherche à bâtir un nouveau modèle de distribution à l’échelle du continent.

Orange apporte plus qu’une simple audience
Dans cette stratégie, Orange occupe néanmoins une place particulière.
Le groupe est présent dans 18 pays d’Afrique et du Moyen-Orient et revendique plus de 175 millions de clients. Sa super-application Max it compte déjà plus de 25 millions d’utilisateurs tandis qu’Orange Money dépasse les 120 millions de comptes enregistrés.
L’intérêt du partenariat apparaît clairement dans le communiqué conjoint des deux entreprises : New World TV apporte ses contenus sportifs premium et Orange apporte sa puissance de distribution numérique.
Concrètement, un utilisateur peut découvrir l’offre, s’abonner, effectuer son paiement via Orange Money puis accéder immédiatement aux contenus depuis son smartphone, sa tablette ou sa télévision connectée.
Cette intégration réduit considérablement les obstacles qui limitaient historiquement l’accès aux contenus sportifs payants.
Pour Orange, l’enjeu dépasse largement la diffusion du football. L’opérateur poursuit depuis plusieurs années une stratégie de transformation visant à faire de Max it un point d’entrée unique vers ses différents services numériques. Les compétitions sportives servent alors de produit d’attraction capable de générer de nouveaux usages au sein de cet écosystème.
Pourquoi la Guinée constitue un marché stratégique
La Guinée illustre parfaitement cette mutation. Selon les données de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), le pays comptait 8,3 millions d’abonnements internet au deuxième trimestre 2025, pour un taux de pénétration de 57,93 %. Pour la première fois, plus d’un Guinéen sur deux dispose d’un accès à internet.
Cette évolution change profondément les habitudes de consommation audiovisuelle. Le smartphone devient progressivement le premier écran pour une partie croissante de la population, notamment chez les jeunes.
Le développement du mobile money renforce cette tendance. Avec un taux de pénétration avoisinant 23 %, les services financiers numériques restent encore en phase de croissance, mais ils offrent déjà des solutions de paiement adaptées aux contenus numériques.
C’est précisément cette convergence entre connectivité, contenus et paiement mobile que cherchent à exploiter Orange et New World TV.
En Guinée, les utilisateurs peuvent ainsi accéder aux compétitions proposées sur Max it à travers des formules tarifaires adaptées au marché local, réglables directement via Orange Money.
Canal+ reste puissant, mais le marché change
Parler de fin du monopole de Canal+ serait probablement excessif. Le groupe demeure aujourd’hui le principal acteur de la télévision payante en Afrique. L’acquisition de MultiChoice (propriétaire de DStv et SuperSport), lui permet même de renforcer sa présence avec plus de 40 millions d’abonnés dans près de 70 pays (Afrique, Europe, Asie).
Mais les règles du jeu évoluent.
La bataille ne porte plus uniquement sur l’acquisition des droits sportifs.
Elle porte également sur la maîtrise des plateformes de distribution, des moyens de paiement et de la relation directe avec les consommateurs.
Pendant longtemps, le décodeur constituait la principale porte d’entrée vers les grandes compétitions. Désormais, le smartphone devient un concurrent crédible.
Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives pour les détenteurs de droits, qui disposent désormais de plusieurs canaux pour atteindre leur public.
Les défis restent considérables
La réussite de ce modèle n’est toutefois pas garantie.
Le premier défi concerne la qualité des infrastructures numériques. Une Coupe du monde génère des audiences massives et des pics de connexion particulièrement élevés. La qualité de l’expérience utilisateur dépendra directement de la capacité des réseaux à absorber cette demande.
Le deuxième enjeu concerne la lutte contre le piratage.Le développement du streaming s’accompagne d’une multiplication des flux illégaux, des plateformes IPTV non autorisées et des retransmissions clandestines sur les réseaux sociaux. Pour les détenteurs de droits, la protection des contenus devient un enjeu stratégique majeur.
Enfin, la concurrence pour les droits sportifs demeure féroce. Les cycles d’attribution évoluent régulièrement et aucun acteur ne peut considérer ses positions comme définitivement acquises.
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