CEDEAO (Afrique de l’Ouest ) : Analyse approfondie et évaluation prospective du projet de l’union monétaire Éco.

Le projet de création de la monnaie unique « Éco » pour les quinze pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), initialement lancé le 1er juin 1983 à Conakry, représente une ambition majeure d’intégration régionale. Cependant, sa mise en œuvre se heurte à des obstacles structurels, économiques et institutionnels profonds.

1. Complexité et rigueur des critères de convergence macroéconomiques

Pour assurer la viabilité de l’union monétaire, l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) a établi des critères de convergence stricts, divisés en deux catégories :

a-Critères de premier rang : Un déficit budgétaire inférieur ou égal à 3 % du PIB, un taux d’inflation annuel maintenu à un seuil inférieur ou égal à 5 %, un financement du déficit budgétaire par la banque centrale limité à 10 % au maximum des recettes fiscales, et des réserves extérieures brutes couvrant au moins trois mois d’importations.

b-Critères de second rang : Un ratio de la dette publique sur le PIB (taux d’endettement) inférieur ou égal à 70 % et une variation du taux de change nominal limitée à une marge de ±10 %.

L’impact de crises mondiales successives, telles que la pandémie de Covid-19 et le conflit en Ukraine, a fortement détérioré les finances publiques de la région, exacerbant l’inflation et éloignant de nombreux États de ces objectifs. À la fin des dernières évaluations, aucun pays de la zone ne parvenait à respecter l’ensemble des critères requis.

2. Hétérogénéité économique et poids asymétrique des États

Les structures économiques au sein de la CEDEAO sont extrêmement disparates. Le Nigeria représente à lui seul un poids économique disproportionné par rapport aux autres membres, ce qui soulève des inquiétudes quant à son influence sur la future politique monétaire commune. De plus, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui partagent déjà le franc CFA, affichent historiquement une meilleure convergence nominale et une plus grande stabilité des prix que ceux de la Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO), créant une asymétrie de performance au sein du bloc régional.

3. Souveraineté politique, institutionnelle et instabilité géopolitique

L’abandon des monnaies nationales au profit de l’Éco implique une renonciation complète à l’autonomie monétaire nationale. Les États perdent la capacité d’ajuster individuellement leurs taux de change ou de mener des politiques monétaires propres face à des chocs économiques asymétriques. Ce coût d’ajustement est particulièrement élevé en l’absence d’une politique budgétaire commune ou de mécanismes fédéraux de transfert de risques.

Sur le plan géopolitique, la cohésion régionale est fragilisée par des tensions récentes, des ruptures de l’ordre constitutionnel et le retrait d’États du Sahel de la CEDEAO. Ces crises politiques ralentissent l’harmonisation institutionnelle essentielle à la mise en place d’une banque centrale commune et d’un système de gouvernance partagé.

4. Scepticisme face aux reports successifs du calendrier

L’histoire du projet est jalonnée de multiples ajournements (notamment en 2003, 2005, 2009, 2015 et 2020), principalement imputables aux difficultés persistantes à satisfaire les critères de convergence et au manque de préparation technique.

Bien que la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ait fixé un nouveau cap pour l’horizon 2027, ces reports répétés continuent de nourrir le scepticisme quant à la faisabilité réelle du calendrier et à la force de l’engagement politique des pays participants.

Réveil-Africain.Org.

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