Lagos (Nigéria ) : Changement climatique et croissance urbaine alimentent les inondations à Lagos.
Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.
Après des heures de pluies torrentielles qui se sont abattues sur Lagos ces derniers jours, le pasteur Samuel Akpan a passé la majeure partie de la journée suivante à écoper l’eau de son presbytère inondé, situé dans un quartier huppé de la capitale économique du Nigeria.
À l’intérieur de l’Église apostolique du Nigeria, dans le quartier de Lekki, des chaises et leurs coussins détrempés étaient entassés dans l’eau qui leur arrivait aux genoux et qui avait submergé le bâtiment.
Cette mégapole est située sur un littoral bas, ce qui rend cette ville d’environ 20 millions d’habitants vulnérable aux inondations.
Mais les experts affirment que la montée du niveau de la mer due aux changements climatiques, aux précipitations irrégulières et au prélèvement non réglementé des eaux souterraines alimenté par l’urbanisation rapide sont également des facteurs majeurs.
La plupart des ménages de Lagos n’ont pas accès à l’eau courante traitée, ce qui les oblige à forer des puits pour obtenir de l’eau potable, perturbant ainsi l’équilibre du sol.
Cette ville surpeuplée fait partie de celles qui, selon le Forum économique mondial, s’enfoncent jusqu’à 87 millimètres (3,4 pouces) par an.
Centre névralgique du commerce nigérian, Lagos attire chaque jour des milliers de personnes venues de tout le pays en quête de meilleures perspectives économiques. L’ONU estime le taux de croissance annuel de Lagos à six pour cent.
Le développement rapide des bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels est omniprésent, notamment à Lekki, qui dispose d’une zone franche spéciale désignée pour attirer les investissements et qui est également destinée à accueillir un nouvel aéroport international.
Akpan, 42 ans, se souvient s’être réveillé et avoir constaté que « tout était inondé », a-t-il confié à l’AFP, debout au milieu de l’auditorium de l’église, complètement trempé. Les manuels scolaires de ses enfants, gorgés d’eau et en lambeaux, jonchaient le sol.
« Siège »:
De fortes pluies s’abattent sur le Nigeria entre mai et novembre, provoquant souvent des inondations dangereuses et parfois mortelles. L’an dernier, les autorités ont prévu des précipitations annuelles de 1 952 millimètres, supérieures à la moyenne de 1 721 millimètres enregistrée entre 2012 et 2022.
Cette année, les précipitations devraient se situer entre 1 650 mm et 3 030 mm.
« On a l’impression d’être assiégés par les inondations », déplore Uche Adibua, 46 ans, habitant du quartier d’Okota à Lagos. Son appartement est inondé depuis le début des pluies cette année.
« Cela ne s’était jamais produit auparavant », a-t-il déclaré.
Mais de telles catastrophes deviennent de plus en plus fréquentes : les tempêtes de fin juin qui ont déversé des pluies torrentielles de la Côte d’Ivoire au Nigeria, provoquant des inondations qui ont fait une centaine de morts, ont été « exacerbées » par le changement climatique, selon World Weather Attribution, une coalition mondiale de scientifiques.
L’État de Lagos, qui englobe la ville, possède 180 kilomètres (112 miles) de côtes et de vastes voies navigables, ce qui le rend particulièrement vulnérable.
« Lagos est située dans un environnement côtier de faible altitude, ce qui la prédispose aux inondations côtières », a déclaré à l’AFP Ibidun Adelekan, professeure de géographie à l’Université d’Ibadan, ajoutant que l’augmentation des précipitations aggrave le risque.
Des analyses scientifiques ont montré que l’État subit désormais des orages plus violents qu’auparavant, a-t-elle ajouté.
Les infrastructures médiocres, le drainage inadéquat et l’élimination anarchique des déchets aggravent la crise.
Il est courant de voir des tas de sacs et de bouteilles en plastique vides flotter dans les lagunes et les canaux de drainage à ciel ouvert de Lagos, ainsi que des amas de déchets en décomposition sur les trottoirs de la ville où les poubelles sont quasi inexistantes.
La disparition des surfaces naturelles, la destruction des zones humides et les aménagements fonciers non structurés à des fins de développement ont encore réduit la capacité de la ville à absorber l’excès d’eau de pluie, selon les experts.
« Les inondations annuelles à Lagos sont causées par de fortes pluies, un drainage insuffisant, des caniveaux obstrués par des débris et une croissance urbaine rapide qui entrave l’absorption naturelle de l’eau », a déclaré à l’AFP Olumide Idowu, un écologiste indépendant.
Tokunbo Wahab, responsable de l’environnement au sein du gouvernement de Lagos, reconnaît que le « dragage et le remblayage illégaux » ont engendré « d’importants problèmes environnementaux », de vastes zones humides étant comblées et urbanisées alors que la ville est confrontée à une croissance démographique rapide.
« Mal de tête sur l’autoroute »:
Certains habitants du district de Lekki imputent l’aggravation des inondations à la construction de l’autoroute côtière Lagos-Calabar de 700 kilomètres, qui reliera Lagos à la ville de Calabar, près de la frontière camerounaise.
« L’eau n’était jamais entrée dans la maison auparavant », a déclaré à l’AFP Babatunde Vaughn, un consultant en technologies dont l’appartement se situe à environ 150 mètres de l’autoroute.
Cette route, un projet phare du gouvernement, est « la seule chose importante qui se soit produite entre la dernière saison des pluies et cette année », a déclaré Vaughn. « Il n’y a pas eu d’inondations de ce côté-ci. »
Mais le ministre des Travaux publics, Dave Umahi, et Hitech, l’entreprise nigériane qui construit l’autoroute, rejettent l’idée que la route ait aggravé les inondations.
Lors d’une récente réunion avec les résidents, Umahi a insisté sur le fait que la route avait au contraire créé une zone tampon protégeant les communautés environnantes des inondations côtières.
Pour les écologistes, bon nombre de ces solutions devraient être faciles à mettre en œuvre par le gouvernement : la mise à jour des codes du bâtiment, la réglementation du développement urbain et la construction de systèmes de drainage pour faire face à l’augmentation des précipitations.
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