N’Djamena (Tchad ) : après la grâce présidentielle, les avocats de l’opposant Succès Masra réclament son amnistie.
Les avocats de Succès Masra, chef du principal parti d’opposition au Tchad, récemment libéré de prison après une grâce présidentielle, ont appelé vendredi le président Mahamat Idriss Déby à lui accorder une amnistie pour effacer sa condamnation et lui éviter l’inégibilité.
Grâcié vendredi dernier par le président Déby, M. Masra avait passé plus d’un an derrière les barreaux, condamné en août 2025 à 20 ans de prison pour incitation à la haine et « complicité de meurtre », dans un procès « politiquement motivé », selon l’ONG Human Rights Watch (HRW).
Mais avec une grâce plutôt qu’une amnistie, l’opposant retrouve sa liberté mais la condamnation subsiste : il conserve son casier judiciaire, ainsi qu’une amende d’1 milliard de Francs CFA (environ 1,5 million d’euros) est devenu inéligible et légalement défendu de diriger son parti.
Pour poursuivre la « dynamique d’apaisement », « l’amnistie irait plus loin dans la recherche d’une solution durable, en effaçant, dans les conditions prévues par la loi, les conséquences pénales attachées aux faits concernés », ont fait valoir les avocats de M. Masra, réunis vendredi lors d’une conférence de presse au siège du parti Les Transformateurs.
« Nous voulons voir dans la grâce le commencement d’un processus plus large de réconciliation, dont l’amnistie constituerait l’aboutissement juridique et politique », insiste Jacqueline Moudeina, porte-parole du collectif des avocats de M. Masra au nom de « la justice, la paix, la dignité humaine, le dialogue et la réconciliation ».
Succès Masra avait été gracié avec huit autres dirigeants de partis d’opposition, tous membres de la plateforme GCAP (Groupe de concertation des acteurs politiques), condamnés en mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection.
« Toutefois, leurs condamnations pour des actes relevant d’une expression politique légitime sont toujours en vigueur et doivent être annulées afin qu’ils puissent continuer à participer à la vie politique », a appelé l’ONG Human Rights Watch dans un communiqué vendredi.
« Soyons clairs : M. Masra a été arrêté sur la base d’accusations forgées de toutes pièces dans le but de le réduire au silence. Les autorités tchadiennes devraient aller au-delà de la grâce présidentielle et veiller à ce que sa condamnation soit annulée », insiste l’ONG.
Le Tchad, pays d’Afrique centrale qui compte près de 20 millions d’habitants, est dirigé depuis 2021 par M. Déby, qui avait pris la tête d’une transition militaire à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué par des rebelles après 30 ans à la tête du pays.
En octobre 2025, une révision constitutionnelle adoptée avec une large majorité au Parlement a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite.
Avec AFP.
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