Au Niger, l’Algérie tente de reprendre pied dans un Sahel en recomposition.

En décidant d’envoyer des troupes au Niger, une première en plus d’un demi-siècle, l’Algérie cherche à reprendre pied dans un Sahel en pleine recomposition sécuritaire et diplomatique, où l’influence considérable qu’elle exerçait autrefois s’est progressivement érodée.

Pourquoi un rapprochement avec le Niger ?

Le Niger, qui forme avec le Mali et le Burkina Faso la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), apparaît comme la porte d’entrée d’Alger pour son retour au Sahel, où son influence a reculé ces dernières années.

Les relations entre l’Algérie et les pays de l’AES s’étaient fortement dégradées après la destruction par l’armée algérienne d’un drone malien en avril 2025, entraînant une crise diplomatique marquée par des rappels d’ambassadeurs.

Dans le même temps, le Mali se rapprochait du Maroc en soutenant son plan d’autonomie pour le Sahara occidental, à rebours de la position algérienne favorable au Front Polisario.

Mais depuis le début de l’année, Alger a multiplié les initiatives pour un dégel, en passant par le canal nigérien: livraison d’une centrale électrique, investissements dans le secteur pétrolier, dons d’hélicoptères militaires et relance du projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe.

Son rapprochement avec le Niger a un double objectif, commercial et géopolitique, selon plusieurs observateurs.

« Le Niger est crucial pour l’Algérie en raison du gazoduc transsaharien, destiné à contrer le gazoduc atlantique Nigeria–Maroc », explique Rida Lyammouri, chercheur au think-tank marocain Policy Center for the New South (PCNS).

Le gazoduc atlantique du Maroc, censé longer la côte ouest-africaine pour atteindre l’Europe, est soutenu par un « financement » des « Émirats arabes unis », précise Michael Ayari, chercheur à l’International Crisis Group (ICG).

Alger cherche ainsi à contrer l’influence des Émirats, qu’elle accuse « d’ingérence » et avec qui elle a rompu en septembre ses relations diplomatiques, souligne Geoff Porter, analyste au cabinet North Africa Risk Consulting.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune s’en était violemment pris en juillet aux Émirats, déclarant que « partout où ils mettent le pied, le sang coule », et citant des ingérences au Mali, en Libye et au Soudan.

L’Algérie observe avec préoccupation la montée de l’influence du maréchal libyen Khalifa Haftar, soutenu par les Émirats, près du Niger et du Tchad. Les réseaux Haftar ont notamment joué un rôle dans la libération récente de plusieurs otages occidentaux détenus par le groupe jihadiste État islamique au Sahel.

« La concurrence accrue d’acteurs régionaux tels que le Maroc et l’armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar a  contribué à la volonté d’Alger de retrouver son ancienne position, tout comme le désir de protéger le stratégique gazoduc transsaharien et d’autres investissements récents au Niger », résume Charlie Werb, analyste du cabinet de conseil Aldebaran Threat Consultants (ATC).

Des soldats au Niger pour quoi faire ? –

Dimanche, le Parlement algérien a approuvé l’envoi de troupes au Niger, une première depuis la guerre israélo-arabe de 1973, officiellement pour protéger des installations énergétiques.

Pour le moment, « il n’est pas clair si le déploiement militaire algérien vise à combattre les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique » qui minent le Niger, pointe Rida Lyammouri.

Selon certains médias, les unités algériennes seront déployées dans la base militaire de Madama, une zone désertique plus proche de la Libye et du Tchad que de l’Algérie, autrefois occupée par les militaires français de l’opération antijihadiste Barkhane (2014-2022).

« Madama est absolument cruciale pour le renseignement dans le Sahel », souligne Geoff Porter, car l’Algérie « serait en position de recueillir du renseignement sur les flux d’armes et, potentiellement, de les intercepter. »

Pour Charlie Werb, le déploiement d’unités algériennes au Niger pourrait intéresser des partenaires occidentaux, notamment les États-Unis, qui ont perdu une grande partie de leurs capacités de surveillance au Sahel depuis le retrait de leurs forces du Niger en 2024.

Par ailleurs, le déploiement algérien pourrait aussi « consolider la stabilité » du chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, souligne l’analyste.

L’Algérie avait déjà envoyé quatre avions de combat Soukhoï Su-30 à Niamey pour aider la junte à contenir une tentative de mutinerie au sein de l’armée fin août.

Un tournant dans le dégel avec le Mali et l’AES ? 

Après la crise du drone en avril 2025, Alger et Bamako s’emploient à tourner la page. Le chef de la junte malienne, le général Assimi Goïta, est attendu prochainement en Algérie, après des visites des Premiers ministres respectifs dans les deux capitales.

Autre signe de réchauffement: l’Algérie a joué un rôle dans la reprise de la ville stratégique de Kidal (nord du Mali) par l’armée malienne début octobre, en demandant aux rebelles de ne pas réagir à l’offensive malienne pour se poser en médiateur de la crise, selon plusieurs sources diplomatiques, ce que confirment des analystes.

« Il existe des éléments indiquant que l’Algérie (…) a soutenu indirectement les efforts du Mali pour reprendre Kidal et accroître la pression militaire sur les sanctuaires insurgés dans le nord du Mali, près de sa frontière », affirme Liam Karr, analyste pour l’American Enterprise Institute, basé à Washington.

Avec AFP.

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