La politique n’est pas une chorégraphie, mais la mémoire des actes (Par Chérif Sampiring Diallo Journaliste-Éditorialiste Écrivain-Essayiste ).
Depuis la séquence électorale qui vient de s’achever en Guinée, un étrange procès s’instruit sur les réseaux sociaux, principalement dans les arènes numériques de Facebook. Des commentateurs improvisés, autoproclamés analystes de la chose publique, reprochent au camp du Général Mamady Doumbouya d’avoir donné à voir, durant la campagne, des scènes de liesse populaire, des danses, des chants, bref, une expression culturelle de la joie collective, plutôt qu’une exposition scolastique et formelle d’un projet de société.
Cette critique, au-delà de son apparente naïveté, révèle une incompréhension profonde de ce qu’est la politique lorsqu’elle cesse d’être un exercice rhétorique pour redevenir une pratique historique.
La politique sérieuse ne commence pas au micro d’un meeting, elle s’enracine dans la durée, dans la cohérence entre la parole et l’acte, dans la capacité d’un pouvoir à transformer le réel avant même de solliciter l’assentiment populaire. Exiger d’un dirigeant de transition qu’il se justifie exclusivement par des promesses théoriques, alors que son bilan est encore frais dans la mémoire collective, relève d’un fétichisme discursif déconnecté des réalités sociales.
L’analogie est pourtant simple, presque pédagogique. L’élève consciencieux qui a fait ses devoirs le vendredi soir n’a nul besoin de prouver son sérieux le samedi matin en récitant ses leçons à voix haute. Il peut chanter, danser, respirer. Son travail parle pour lui. A l’inverse, celui qui n’a rien préparé ressent le besoin compulsif de surjouer l’effort, d’exhiber une application tardive, souvent plus bruyante que crédible.
Ainsi en va-t-il de la campagne du Général Mamady Doumbouya. Quatre années de transition ont constitué, qu’on le veuille ou non, un corpus politique en soi. Réformes institutionnelles, refondation de l’État, restauration de l’autorité publique, revalorisation de la souveraineté nationale, réorganisation de secteurs clés, réaffirmation de la dignité de l’État guinéen sur la scène internationale. Tout cela ne relève pas du slogan, mais du fait.
Durant la campagne, les représentants du Général Mamady Doumbouya n’ont pas improvisé un récit. Ils ont rappelé un bilan. Ils n’ont pas inventé un projet ex nihilo, ils ont explicité une trajectoire déjà engagée. La politique, dans ce cas précis, n’était pas prospective mais rétrospective, et c’est précisément ce qui la rendait crédible.
Ceux qui reprochent aujourd’hui les chants et les danses confondent gravité et austérité, sérieux et rigidité. Ils ignorent que dans les sociétés africaines, la célébration n’est pas l’ennemie de la pensée, mais l’une de ses formes. La danse n’efface pas le projet, elle en est parfois la traduction émotionnelle, populaire, charnelle.
Le véritable malaise de ces critiques ne réside pas dans l’absence supposée de programme, mais dans l’incapacité à contester un bilan autrement que par le mépris culturel ou la condescendance morale. Quand l’argument politique fait défaut, on s’attaque à la forme. Quand le fond résiste, on caricature le style.
Maintenant, il faudrait faire preuve de déscence et de maturité démocratique. Être un bon perdant n’est pas une humiliation, c’est une élégance républicaine. Persister dans la dérision après le verdict populaire, c’est s’exposer soi-même au ridicule que l’on croyait infliger à l’autre.
La politique n’est pas un concours d’éloquence permanente. Elle est la somme des actes posés dans le temps long. Et à ce jeu-là, certains avaient déjà rendu leur copie bien avant d’entrer dans la salle d’examen. Le reste n’est que bruit.
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