Yaoundé (Cameroun) : Paul Biya, immuable président du Cameroun depuis 1982.
Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982 et doyen des chefs d’Etat dans le monde, est de retour à Yaoundé après plus de deux mois d’absence qui ont alimenté une vive controverse dans le pays quant à sa capacité à diriger le pays.
https://twitter.com/LEquipe237/status/2091200551664963877/video/1
Le dirigeant camerounais âgé de 93 ans avait quitté Yaoundé le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », selon la présidence. D’après la presse camerounaise, il se trouvait à Genève, en Suisse, avec sa famille et quelques-uns de ses plus proches collaborateurs.
Fin juin, en réponse à des articles de presse évoquant une dégradation de l’état de santé de M. Biya, le gouvernement avait fermement démenti et assuré qu’il se trouvait au travail.
Cette absence d’une longueur inédite a suscité de vives critiques de l’opposition, qui a énoncé notamment un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique », alors que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président sont attendus depuis plusieurs mois.
Depuis son accession au pouvoir, le deuxième président du Cameroun après son indépendance de la France en 1960 a régné d’une main de fer sur son pays, nommant et congédiant lui-même sur les postes-clefs, avec une répression implacable de toute opposition, politique ou armée.
Longtemps écoutant et actif sur la scène diplomatique, Paul Biya a subi ces dernières années d’habituelles critiques de l’ONU et de capitales occidentales et un certain refroidissement avec Paris, alors qu’il était jusque-là considéré comme l’un des derniers piliers de la « Françafrique ».
« Luxe et répression » :
Après ses réélections très contestées en 2018 puis en 2025, où l’opposition avait dénoncé des fraudes, il a limité ses apparitions publiques à de très rares discours télévisés, enregistrés et péniblement énoncés, ponctués de quelques déplacements officiels à l’étranger. Ou sur des images de fêtes de famille, aux côtés de son omniprésente épouse Chantal, célèbre pour ses tenues extravagantes et sa chevelure flamboyante, et de ses trois enfants.
Ces deux dernières décennies, Paul Biya avait multiplié les séjours privés à l’étranger, dédiés à des soins ou des villégiatures dans un très luxueux hôtel de Genève, où l’opposition l’accuse de dépenser des fortunes d’argent public avec sa garde rapprochée.
En 2018, un consortium international de journalistes d’investigation, l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), évaluait à quatre années et demi en 35 ans la durée cumulée de ses séjours privés à l’étranger, et leur coût total à 65 millions de dollars.
Ses détracteurs l’accusent de régner dans une tour d’ivoire alors que son paie affronte de multiples défis. Selon l’ONU, près de 40% de la population vit dans l’extrême pauvreté et la corruption est omniprésente à divers niveaux de l’administration.
Des centaines de manifestants pacifiques ont été arrêtés et condamnés, dont son rival malheureux à l’élection présidentielle de 2018, Maurice Kamto. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé dans l’opposition, autoproclamé vainqueur de la présidentielle d’octobre 2025, avait appelé ses électeurs à défendre sa « victoire », déclenchant des manifestations réprimées dans le sang dans plusieurs grandes villes du pays.
Sur le plan sécuritaire, le pays est secoué depuis 2009 par les attaques jihadistes dans l’extrême nord, et depuis la fin 2016 par un conflit meurtrier entre groupes armés indépendantistes et forces de sécurité dans l’ouest. Ce conflit, où chaque camp est accusé de crimes contre les civils, a éclaté après que M. Biya a fait réprimer violemment les manifestations pacifiques de la minorité anglophone.
« Diviser pour régner » :
En verrouillant le commandement de son armée, confié aux plus proches, en remettant à des Israéliens l’encadrement des troupes d’élite et sa sécurité personnelle, il l’intimide jusqu’au premier cercle.
« Il suffit d’un petit coup de tête, et vous n’êtes plus rien du tout » : en tançant ainsi un journaliste vedette de la télé publique qui l’interviewait en 1986, Paul Biya a rapidement affiché la couleur.
Ancien séminariste catholique et étudiant à Sciences-Po Paris, il a gravi les échelons sous son précédent Ahmadou Ahidjo, pour devenir Premier ministre de 1975 à 1982. Propulsé à la présidence par la Constitution après la démission surprise d’Ahidjo, il s’y accroche, avec l’aide de Paris selon ses détracteurs.
Seul candidat, il est élu avec 100% des suffrages en 1984. Puis il sera réélu en 1988, puis six fois encore après l’instauration du multipartisme en 1990.
Paul Biya a joué « de la violence et de la terreur, au gré de ses humeurs et des rumeurs, pour asservir ses collaborateurs et soumettre l’ensemble de la population », écrivit, en 2018, dans son livre « Cameroun, combat pour mon pays » Titus Edzoa, ex-fidèle secrétaire général de la Présidence, arrêté en 1997, pour corruption effectivement, quand il s’est présenté à la présidentielle. Il a passé 17 ans en prison.
« M. Biya a mis en pratique l’adage diviser pour régner pour rester au sommet d’un système sans que puisse s’organiser et encore moins se coaliser les forces qui auraient pu lui disputer son pouvoir », résume le politologue camerounais Stéphane Akoa.
Avec AFP.
Partagez














Laisser un commentaire