Juba (Soudan du Sud) : Au Soudan du Sud, une voiture pour tous les députés ayant voté la nouvelle loi électorale.
Par Réveil-Africain.Org Avec AFP.
Au Soudan du Sud, critiqué pour sa corruption endémique, des centaines de députés recevront une voiture après avoir voté une loi électorale permettant au président Salva Kiir de concentrer les pouvoirs jusqu’aux résultats du scrutin – présidentiel et législatifs notamment – de décembre.
Ce texte, promulgué lundi par le chef de l’Etat, prévoit que les vice-présidents sont « relevés » de leurs fonctions. Une mesure peu à même d’apaiser un pays ayant connu une guerre civile sanglante (400.000 morts) entre 2013 et 2018 et où les violences sont en pleine résurgence.
Le Soudan du Sud est considéré comme l’Etat le plus corrompu au monde par l’ONG Transparency international, mais aussi le moins développé par l’ONU, le lien de causalité entre ces deux phénomènes étant tristement évident.
Lundi, Oliver Mori, porte-parole de l’Assemblée nationale, a néanmoins annoncé à la presse, après le vote, que le président Kiir avait « donné son feu vert pour l’achat de véhicules destinés aux députés ».
Les plus hauts placés, a-t-il ajouté, obtiendront « des V6 », une motorisation plus puissante, et les autres des berlines « à cinq portes », « en prêt », le chef de l’Etat se réservant ensuite le droit de décider si ces voitures font partie « de droits ou émoluments » des parlementaires ou s’ils devront les rembourser.
L’Assemblée nationale sud-soudanaise compte 550 membres, nommés par Salva Kiir.
« C’est de la corruption », dénonce Wani Michael, un ex-leader de la jeunesse sud-soudanaise, désormais en exil.
« Il y a eu une négociation et le président leur a promis des véhicules » en échange du vote de la loi, relève-t-il dans un entretien avec l’AFP, observant toutefois que de nombreux députés sont « très pauvres » et gagnent moins de 50 dollars par mois, quand ils sont payés.
-« Ridicule »
Interrogé par l’AFP, Edmund Yakani, figure de la société civile sud-soudanaise, a regretté une décision « ridicule » alors que « les citoyens n’ont pas de services adéquats, pas d’infrastructures correctes ».
Une polémique similaire était déjà survenue en 2018, après l’octroi de prêts individuels de 40.000 dollars afin que des députés puissent acheter des voitures.
En septembre 2025, la Commission sur les droits de l’Homme au Soudan du Sud, agissant pour le compte du Conseil des droits humains de l’ONU, avait dénoncé une élite politique « prédatrice » ayant détourné des milliards de dollars de l’argent du pétrole sud-soudanais.
La commission citait en exemple le fait que seuls 0,7% du budget du Soudan du Sud étaient alloués à la santé en 2023-2024, soit autant que les frais médicaux du seul président sud-soudanais Salva Kiir.
L’épisode des voitures allouées aux députés intervient dans le cadre d’une chute drastique de l’aide humanitaire internationale, notamment au Soudan du Sud, où 80% des soins sont financés par des ONG et agences onusiennes.
Dimanche, la diplomatie américaine a annoncé sur X qu’elle utiliserait « tous les outils » à sa disposition, « y compris les sanctions », pour « mettre fin à l’impunité » au Soudan du Sud.
Une guerre civile a opposé entre 2013 et 2018 les troupes de Salva Kiir à celles de Riek Machar. Un accord de paix en 2018 a partagé le pouvoir entre le premier à la présidence et le second à la vice-présidence, au sein d’un gouvernement d’union.
Mais M. Machar a été arrêté en mars 2025 et placé en résidence surveillée, et de féroces combats ont repris entre ses partisans et ceux de M. Kiir.
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